Zenvia, la machine et la voix de son maître

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On le sait, l’informatique progresse à pas de géant, et c’est au travail de PME innovantes telles que Zenvia qu’on le doit. Rendez-vous compte : l’ordinateur peut aujourd’hui vous écouter et vous comprendre… Mais aussi vous envoyer promener si votre attitude ne lui convient pas. C’est le -prodige de l’intelligence artificielle, qui devient chaque jour une réalité plus tangible.

Quand on travaille dans l’intelligence artificielle, autant avoir l’esprit clair et trouver des idées brillantes. Son diplôme d’ingénieur en génie logiciel tout juste en poche, Sèverine Cabanès en a une belle lorsqu’elle collabore un jour avec une école maternelle. Il s’agit de créer un outil de gestion de bibliothèque, mais il n’y a aucun moyen de vérifier la compréhension des enfants. Son expertise en intelligence artificielle lui permet alors de développer des modules de reconnaissance vocale, adaptés au jargon enfantin, et capables de guider l’enfant jusqu’à la bonne réponse. Sur cette base, elle travaille sur la reconnaissance de la voix sans apprentissage, afin que la machine soit en capacité de comprendre les utilisateurs non pas en fonction de mots clés, mais de leur façon même de parler. Après la création de Zenvia fin 2005, Sèverine met au point deux produits innovants sur ces problématiques.
Agents intelligents
Cylem est un agent intelligent capable de mouvements d’humeurs, d’expressions et de prises de décision en fonction du contexte. « La simple reconnaissance vocale manque de sentiments, explique Sèverine Cabanès. J’ai voulu développer une technologie qui simule le comportement humain, sur des critères physiques ou autres. La machine réagit alors en fonction de ce qui se passe, de ce qu’elle aime ou pas. » Le pouvoir d’analyse de Cylem l’autorise à poser des questions pour mieux cibler la demande de l’utilisateur. La reconnaissance des voix dites particulières lui permet par exemple d’être utilisé pour le contrôle de fauteuils roulants. « En appliquant nos modèles de langages et en tenant compte du bruit environnant, nous arrivons désormais à un taux de reconnaissance vocale de 95%. » D’autres applications sont possibles dans l’aide à la décision, la domotique, ou la télé-assistance.  Shayan est un système produisant et gérant des agents intelligents, capable de les faire interagir entre eux et de les faire évoluer. « Cette plate-forme peut créer jusqu’à un millier d’êtres humains virtuels à des fins de simulation. Elle peut s’avérer utile dans la gestion de crise, par exemple pour positionner les forces de l’ordre dans une manifestation. Elle fournit aussi une aide à la gestion de flux, dans les aéroports notamment. » Les potentialités de cette technologie en matière de police et de défense ont assuré une belle visibilité à Zenvia lors du récent Milipol, le salon de la sécurité intérieure des États organisé en novembre dernier à Paris. Sèverine Cabanès, pas encore trentenaire, a lancé Zenvia alors qu’elle était au RMI à la sortie de ses études. La PME a grandi sous l’aile de Cap Omega et le regard de nombreuses bonnes fées, au premier rang desquelles Transferts LR. Après l’obtention d’une première levée de fonds de 250 000 Ä, Zenvia figure parmi les rares entreprises à avoir reçu toutes les subventions qu’elle a demandées - un joli vote de confiance des investisseurs. La dernière levée de 100 000 Ä a permis de financer le développement de Cylem et Shayan, qui aura pris de six à huit mois au total. La phase de commercialisation a été amorcée depuis un an et demi environ. Petite structure de quatre personnes, Zenvia est encore loin des 100 000 Ä de CA, contrainte de recycler  90% de ses gains dans la R&D. Mais sa taille fait aussi sa force. « Je n’ai pas la volonté d’aller au-delà d’une quinzaine de salariés, confie Sèverine Cabanès. Notre capacité à réagir dans les trois jours est ce qui plaît aux grands comptes. Notre cœur de métier consiste justement à nous adapter au cœur de métier de nos clients. Devoir gérer 50 personnes sur le seul développement compliquerait les choses. »
Le marché des “serious games”
Zenvia n’a pas de produits sur des étagères. Ses technologies sont vendues sous forme de licences, et s’intègrent ensuite dans n’importe quel applicatif. Et même si ce n’est pas exclu, le principal débouché de Zenvia ne se situe pas forcément du côté des jeux vidéos. Le succès planétaire de la console Wii de Nintendo, destinée à une cible familiale, tirerait plutôt le genre vers des formes simples de jeu, et non pointues, qui nécessiteraient l’inclusion de modules d’intelligence artificielle. Zenvia s’intéresse davantage aux « serious games », des applications utilisant la forme ludique dans un contexte professionnel tout à fait sérieux, notamment en termes de formation ou de management dans une entreprise. La PME montpelliéraine travaille avec deux laboratoires, dont un en région, sur l’aspect recherche et sur l’évaluation de la faisabilité. Et cela paye. Zenvia est pour l’instant la seule à coupler autant de domaines différents : multi-agents, dictée vocale, comportements humains, etc. De quoi attiser les convoitises.
Flicage ?
« Ce n’est pas parce que sommes petits que nous allons succomber au premier chèque qu’on nous présentera, assène Sèverine Cabanès. En fait, notre principale difficulté est d’arriver à convaincre les gros. Renault, par exemple, a fait évaluer ma technologie par des experts extérieurs. Il nous faut arriver à diriger ces bras de fer pour pouvoir négocier dans de bonnes conditions. » À l’avenir, Zenvia devrait creuser son avantage dans la simulation d’êtres humains. Tout jeu vidéo nécessite trois ans de développement, ce qui représente encore une rentabilité trop lointaine pour la PME. « Nous allons nous concentrer sur le marché de la défense, qui est plus fiable et continu. À terme, il pourrait représenter de 70 à 80% de notre CA. Il est d’ailleurs possible que Zenvia se divise un jour en deux, entre la défense et les autres secteurs. » Pas de panique, Sèverine n’entend pas alourdir le débat actuel sur le tout-sécuritaire (« L’intelligence artificielle a un côté agressif, c’est vrai. La machine donne l’impression qu’elle vous écoute, les gens se sentent fliqués… »). Zenvia commercialise depuis janvier Via-Speaking, un nouvel outil de dictée vocale qui rédige les rapports suite à la prise de notes, déclinable en comptabilité, cabinet juridique ou imagerie médicale. Officier de police ou secrétaire, Zenvia n’oublie personne.
Anthony Rey