Recherche publique : une force difficile à cerner

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Recherche publique : une force difficile à cerner

Biotechno-lr.jpg - © Edouard Hannoteaux

Le Languedoc-Roussillon se caractérise par une forte -implantation de la Recherche publique. Une fois que l’on a dit ça, décrire plus avant ce secteur relève de la gageure : -parler du CNRS, du Cirad, de l’École des Mines d’Alès, de l’Agro Montpellier, du CEA ou des Universités par exemple, c’est parler d’autant de statuts ou de tutelles différentes. D’où l’extrême complexité qu’il y a à comprendre ce -secteur… et plus encore à le réformer. Tentative d’état des lieux.

Le plus simple pour comprendre ce que recouvre la Recherche publique en région est encore de s’appuyer sur les principales thématiques présentes, sans souci des structures ou des statuts. On peut alors dégager cinq pôles majeurs dans la région : agronomie-environnement-géosciences, autour de l’Inra et du Cirad ; biologie-santé, autour de l’Inserm et du CNRS. « Ce sont de loin les deux pôles les plus importants, explique Anne-Yvonne Le Dain, vice-présidente de la Région, et elle-même chercheuse au Cirad, que l’on parle en nombre de personnes ou en nombre de publications scientifiques » ; un pôle chimie ; un ensemble TIC-productique, avec notamment le Lirmm (Laboratoire d’informatique, de robotique et de microélectronique de Montpellier), ensemble particulièrement important quand on parle d’essaimage et de création d’entreprise vers le privé ; et un ensemble à ne pas oublier concernant les sciences humaines et sociales, plus globalement formé par les équipes universitaires et le CNRS. Selon Géraldine Karbouch, directrice du LRI (Languedoc-Roussillon Incubation) : « Il y a chaque année entre 7 et 8 créations d’entreprise issues d’une technologie d’un laboratoire public. » Cela fait 32 sociétés depuis 2002, et le nombre de projets incubés tend à augmenter.

4e région française
Au total, le Languedoc-Roussillon est la 4e région française en nombre de chercheurs publics (5e si l’on y ajoute la recherche privée, notamment grâce à la forte présence de Sanofi sur ses deux sites gardois et héraultais). La dépense publique consacrée à la Recherche en région dépasse chaque année le milliard d’euros. Le Languedoc-Roussillon compte 9 organismes de recherche publique, regroupant plus de 200 laboratoires et près de 12 000 chercheurs. Au total, la Recherche publique se répartit sur douze sites en région. Si l’on veut aller plus loin dans les détails, tout devient complexe en raison des synergies de plus en plus fortes existant entre les établissements ou les équipes de recherche. Le secteur est maintenant très majoritairement organisé en UMR, Unités Mixtes de Recherche, qui regroupent des chercheurs travaillant sur des thèmes communs, mais venant d’établissements différents (et ayant donc des statuts différents). « Le principe est simple, explique Ghislaine Gibello, la toute nouvelle déléguée régionale du CNRS en région. Chaque partenaire apporte ses compétences à travers du personnel, ou des locaux ou du financement. » L’université Montpellier II par exemple regroupe plus de 1 000 enseignants-chercheurs et chercheurs, mais ceux-ci sont répartis dans une cinquantaine de laboratoires dont la plupart sont liés aux grands organismes de recherche (CNRS, INSERM, INRA, IRD...). L’existence des UMR a certes permis des rapprochements, mais elles s’avèrent dans les faits tellement complexes à gérer qu’elles pourraient être remises en cause un jour ou l’autre. En attendant tout changement éventuel, ces UMR sont régulièrement évaluées au plan national. « Le paysage change tous les quatre ans, explique Anne-Yvonne Le Dain. Pour le Sud de la France, l’évaluation des UMR va se faire l’an prochain. » Le système des UMR va parfois très loin puisqu’il existe une UMR entre le CNRS et… une entreprise privée : le laboratoire « modélisation et ingénierie des systèmes complexes biologiques pour le diagnostic » fait travailler ensemble une équipe du CNRS et des chercheurs de la société privée Biorad. Un cas atypique, mais qui montre jusqu’où peut aller à -présent le regroupement des compétences.

Un nouveau dynamisme
Pour Ghislaine Gibello, l’évaluation à venir est sa première préoccupation : « L’Agence d’Évaluation (l’AERS) va évaluer les UMR en 2010, et cette évaluation se fait sur les projets portés par les équipes de recherche. Ce qui veut dire que les projets sont à bâtir d’ici l’été. C’est un enjeu majeur, auquel il faut se préparer. Dans le système précédent, chaque établissement public procédait à sa propre évaluation. » Le paysage de la Recherche en région est donc très complexe. Il est, comme l’ensemble de la recherche en France, en mutation rapide. L’État souhaite que les universités jouent à présent un rôle central, comme c’est le cas dans la plupart des pays développés. Les UMR ont déjà permis d’intégrer les différents organismes, mais l’autonomie des universités en cours de réalisation, risque de bouleverser encore davantage la donne. À Montpellier, l’opération Campus devrait donner un nouveau dynamisme aux universités, en les dotant de moyens importants. L’opération n’est pas sans impact sur les autres sites. « Le Cirad est concerné, dans la mesure où nous travaillons au sein de 13 UMR, explique ainsi Emmanuel Camus, directeur régional du Cirad. Les chercheurs du Cirad dispensent au total 1 800 heures de cours dans les universités, soit le travail de 60 équivalents temps plein. »

Faire évoluer le système
Les réformes vont néanmoins vite et dans différents sens. Car dans le même temps, le Cirad est pris dans un autre projet voulu par le gouvernement, un projet de regroupement des forces agronomiques en France. En clair, l’État souhaite rapprocher l’Inra, le Cirad, Montpellier SupAgro ainsi que les deux pôles d’agronomie de la région parisienne et de l’ouest de la France. Là encore, les choses vont vite, puisque l’établissement commun est en cours de création. L’impact peut être important sur Montpellier. « Dans ce scénario, on pourrait imaginer une spécialisation par site, précise ainsi Emmanuel Camus, et Montpellier pourrait être renforcé sur l’agronomie tropicale. » Côté CNRS, les réflexions en cours visent à un rapprochement encore plus important avec l’Inserm. « Dans le domaine des sciences du vivant, les deux organismes travaillent déjà ensemble depuis longtemps. Leurs directions cherchent à présent à en tirer les conclusions en mettant à plat les procédures », explique Ghislaine Gibello, qui conclut par une phrase toute simple : « Il faut faire évoluer le système sans le déstabiliser ». Une gageure que vivent en ce moment la plupart des organismes de recherche, en région comme an plan national.

Anne Devailly