PIERRE CHARVET, directeur artistique du festival Radio France 2012, jeune compositeur
montpelliérain parti enseigner 13 ans aux Etats-Unis défend une
programmation qui se veut large et innovante.
Jeune compositeur de musique classique, Pierre Charvet est le
directeur artistique du festival Radio France, dont le directeur est J-P
Le Pavec. Natif de Montpellier, élevé par l’écrivain F-J Temple, il
s’est expatrié de 1988 à 2001 pour enseigner la musique aux Etats-Unis, a
animé des émissions sur la musique classique. D’une grande érudition
musicale, qui va du chant grégorien à Lady Gaga, l’homme est
enthousiaste. Cordial. Car pour lui, comme disait Montesquieu, «la
gravité est le masque des sots».
"On n’entend pas ici ce qu’on entend partout ailleurs" (Photo radio france/Christophe Abramowitz)
Comme directeur artistique, vous avez dit vouloir «consolider ce qui a
été fait de bien». Comment cette volonté s’illustre-t-elle dans cette
édition?
Je pense en effet qu’il faut être pragmatique. Ce qui fait la
spécificité du festival, il faut absolument le conserver. Pour cette
édition par exemple, on a maintenu la structure de la journée à
Montpellier, qui est rythmée par les rendez-vous de 12h30, de 18h puis
20h. Sur le fond, on a gardé cette identité de festival défricheur. A
Radio France Montpellier LR, on n’entend pas les choses que l’on entend
partout ailleurs. Dans beaucoup de festivals, on achète des concerts clé
en mains. Ici, on construit les programmes, souvent innovants, sur
lesquels il faut faire des recherches. Tout un travail musical,
musicologique. C’est un festival qui laisse du champ à l’imagination du
directeur artistique. Radio France est un festival qui cultive sa
curiosité.
Le festival est notamment connu pour programmer des oeuvres oubliées
Oui. Cette année, pour le centenaire de la mort du compositeur
stéphanois Jules Massenet, on fait renaître un opéra plutôt rare :
Thérèse. Cette oeuvre s’intègre à une des thématiques du festival :
«musique et pouvoir». Le Thérèse de Massenet a été composé à la fin du
XIXème, début Xxème siècle, mais l’histoire se déroule pendant la
Révolution française. C’est une espèce de huis clos, de triangle
amoureux entre Thérèse et deux hommes, l’un de l’Ancien Régime, et
l’autre de l’ère révolutionnaire. Thérèse est une œuvre qui s’inscrit
typiquement dans la grande tradition du festival, de faire renaître de
grands opéras du passé que l’histoire a injustement oubliés. On donne
aussi une œuvre mythique qui est très connue, mais jamais jouée : Une
vie pour le tsar, de Glinka. C’est l’œuvre dont on considère qu’elle a
inventé la musique russe.
Les différents régimes politiques en Russie se la sont appropriés et
l’ont accommodée. Pour le festival Radio France, on a fait un travail de
très longue haleine. On a essayé de retrouver l’œuvre telle qu’elle a
été originellement construite par le compositeur.
Vous disiez tout à l’heure que ce festival cultive sa curiosité. Par
quelle oeuvre, compositeur ou artiste pensez-vous surprendre le public
cette année?
On est curieux en regardant le futur. En regardant le passé avec Le
Caravage et le caravagisme, auxquels une grande exposition est consacrée
au musée Fabre à Montpellier. On propose neuf concerts du festival liés
au Caravage, trois à Montpellier et six en région. Dans l’histoire de
la musique, l’Italien Claudio Monteverdi, né en 1567, mort en 1643, est
le pendant musical du Caravage. Avec Monteverdi, on assiste à un
tournant de l’histoire de la musique. C’est l’époque de l’invention de
l’opéra. Et donc du personnage, de la voix individuelle… On a donc
programmé du Monteverdi. On s’est aussi intéressé à des compositeurs de
la même époque en Espagne et en France. On a travaillé avec des
musicologues espagnols et français pour retrouver des partitions qui
racontent cette histoire-là. Des partitions et des morceaux qu’on n’a
jamais entendus.
Comment se traduit la curiosité du festival pour notre époque?
C’est essayer d’avoir un regard bienveillant sur la musique
contemporaine. Pour moi, ce n’est pas difficile, je suis compositeur.
Mais la musique contemporaine fait peur aux gens, évidemment, parce
qu’ils sont déstabilisés, parce que ce sont des langages différents. Ce
que j’essaie d’expliquer aux gens, parfois, c’est que la musique
contemporaine, ça peut être ennuyeux, pas parce que c’est de la musique
contemporaine, mais souvent c’est ennuyeux, parce que c’est ennuyeux...
Et ça l’est parce que c’est une musique sur laquelle l’histoire n’ a pas
fait son tri.
Lorsqu’on parle de musique classique en France, on pense musique assez
élitiste. Qu’est-ce qui pourrait selon vous rapprocher le public de
cette musique ?
C’est vrai que parfois la musique classique a traité avec une certaine
forme de condescendance les choses populaires : on n’allait pas vers les
gens. En même temps, la musique classique n’a jamais été aussi
populaire que ça. Il y a eu des époques où elle était encore plus
élitiste qu’aujourd’hui. C’était quand même un art qui était réservé aux
cours de l’aristocratie, ou aux églises opulentes.
Aujourd’hui, les compositeurs et musiciens classiques français rayonnent
dans le monde entier. Alors que nos musiciens pop sont assez
franco-français.
Qu’est-ce qui selon vous fait le véritable attrait de Radio France Montpellier LR?
C’est un festival où tous les publics trouvent leur compte. Où les
mélomanes les plus pointus vont pouvoir trouver des choses
intéressantes, et où le grand public vient aussi. Il y a quelque chose à
laquelle on tient beaucoup : c’est la gratuité de plus de 90 % des 150
concerts. On est un service public. Je trouve que c’est très important
que la plupart des concerts soient gratuits. Du coup on accueille un
public qui d’habitude ne vient pas dans les salles de concert. C’est
génial.
Recueilli par C. Vingtrinier
www.festivalradiofrancemontpellier.com