Refusant de voir se fermer le rideau sur une scène vieille de 350 ans,
Pézenas continue de placer sous les feux de la rampe son génie
tutélaire : Jean-Baptiste Poquelin dit Molière. Le dramaturge, qui
séjourna en Languedoc entre 1646 et 1657, revient cet automne au mieux
de sa forme. Réincarné grâce à un nouveau concept muséographique, le
scénovision®, l’illustre auteur et son Illustre Théâtre s’invitent à
l’hôtel de Peyrat. Coup de théâtre hautement technologique sur la ville
de Languedoc.
Pézenas, cité d’art et de traditions, ancien siège des États du
Languedoc, demeure avant tout dans les esprits la cité de -Languedoc
qui s’est intronisée “ville de Molière”… C’est là que se rallume, à la
faveur du mouvement moliériste né au XIXe siècle, la flamme du
souvenir. Dans cet immense décor théâtral du XVIIe siècle, 350 ans
n’ont pas suffi à écorner le mythe : de colloques internationaux en
“visites théâtralisées” et reconstitutions historiques, Molière hante
toujours la ville. Mieux, il se paye le luxe d’une cure de jouvence, et
revient cet automne en marteler les tréteaux en un parcours-spectacle
plus vrai que nature. Inauguré en mai dernier à l’hôtel de Peyrat, le
scénovision® Molière emprunte aux dernières technologies du son
-spatialisé, de la projection en relief et de la mise en scène
théâtrale pour créer l’illusion. Dans ce magnifique hôtel bourgeois
doté de plusieurs vies - il accueillit jadis la Cour de justice de la
-Châtellenie et les geôles de la ville -, 1 000 m2 de surface
-scénographiée aspirent littéralement le -visiteur dans le tourbillon
de la vie de Molière : débuts parisiens et balbutiements de l’Illustre
-Théâtre, périple provincial sur les routes du -Languedoc, -tradition
de la comédie de tréteaux, coups de théâtre scandent la vie racontée -
bien qu’inénar-rable - du dramaturge, jusqu’au soir de sa mort sur
scène le 17 février 1673.
Dessous de scène
Le tout en 5 actes et autant de salles. Pour la mise en scène de ce
spectacle multi-sensoriel, la ville de Pézenas a opté pour un nouveau
concept muséographique développé exclusivement par La prod est dans le
pré : le scénovision. Image, son, décors, effets spéciaux… L’entreprise
parisienne spécialisée dans
la production vidéo a eu l’idée de rassembler ces -techniques
empruntées aux univers du cinéma et du théâtre, pour créer une nouvelle
forme d’œuvre artistique et placer cette dernière au service du
patrimoine et de la scénographie. “Le tournage s’est déroulé à Tours,
les acteurs - représentant la Béjart, le prince de Comti, etc - ont été
filmés sur fond vert, ce qui nous a permis par la suite d’incruster les
décors” explique Maurice Bunio, inventeur du concept -Scénovision.
Forte de plusieurs expériences dans le domaine (La Bénéventine à
Bénévent l’abbaye dans la Creuse, Gens de Garonne en Lot et Garonne, La
maison des cascades dans le Jura, Vulcania dans le Puy-de-Dôme), La
prod est dans le pré, qui décline ce concept en scénoparcs (scénoparc
IO dans le Cantal, scénoparc Alpha, le temps du loup dans les
Alpes--Maritimes) et en scénobalades (sentiers de promenade), a trouvé
son bonheur dans le pré, -faisant appel aux compétences de Marc
Barroyer qui signe les splendides décors de l’hôtel de Peyrat (lire
page -suivante). Via son association Le cri du Cormoran, le chef
décorateur a distribué les rôles de cette vaste comédie réalisée à la
gloire de Molière, à une foule d’artisans du cru : peintres,
menuisiers, serruriers, artistes… L’écriture du scénario a été confiée
au metteur en scène franco-espagnol José Manuel Cano Lopez, grand
spécialiste de Molière. Après un an et demi de travaux, cette savante
machinerie inspirée du théâtre et du cinéma, qui s’ébranle via une
salle de programmation informatique automatisée aux allures de cockpit
d’A380, peut enfin commencer : à Pézenas, elle aspire toutes les
heures, avec un succès grandissant, le public dans l’immense tourbillon
de la vie de Molière… Chaque spectateur-acteur, qui se voit confier le
temps d’une heure passionnante les clés de lecture d’un patrimoine
culturel ô combien visité, découvre un Molière présenté ici dans sa
prime fraîcheur. Du grand art.