Patrick Jacquot, motard, militant et assureur

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Voilà un homme qui a réussi à faire coïncider une de ses passions avec son métier : Patrick Jacquot, motard depuis l’âge de vingt ans, dirige aujourd’hui la Mutuelle des Motards à Montpellier. Entouré par une équipe composée d’autres fous de deux roues, il peut ainsi réaliser à la fois un travail de chef d’entreprise et une activité de militant. Portrait d’un homme pour qui ça roule.

La Mutuelle des Motards n’est pas une entreprise comme les autres. Elle n’est pas née de la volonté d’un homme, mais du dynamisme commun d’un groupe de passionnés. Nous sommes dans les années 80, la moto connaît un bel essor, mais les assureurs rechignent à proposer des contrats moto, celle-ci étant jugée comme un risque trop élevé. Une association relève le défi : Les Motards en Colère. Elle monte une souscription nationale, et récolte au-delà de 10 millions de francs, soit le double de la somme attendue. Plus de 40 000 personnes ont souscrit. Ce seront les fondateurs de la mutuelle. Patrick Jacquot symbolise parfaitement cet historique : passionné de moto depuis l’âge de vingt ans, il est de la génération concernée par ce combat et fait partie des militants actifs de la Fédération des Motards en Colère en 1983, l’année de la souscription. Pour bien comprendre cette entreprise, qui regroupe aujourd’hui 190 000 sociétaires, soit près de cinq fois plus qu’au départ, il faut sans cesse revenir à cette fondation si particulière. « Notre positionnement actuel tient vraiment à nos origines, explique ainsi Patrick Jacquot, fier de ce parcours hors du commun. Notre premier levier commercial, c’est très clairement notre origine militante. » Militant de la première heure à la FFMC, Patrick Jacquot participe en 1986 à la fondation de la FFMC communication, dont il prend la présidence. Une décennie plus tard, il prend la présidence du conseil d’administration de la Mutuelle des Motards. Encore six ans (1998), et le voilà qui rajoute au titre de président celui de directeur de la mutuelle, à la demande de son conseil d’administration. Pendant trois ans, il assurera l’intérim suite au départ du directeur, tout en gardant son travail dans une agence de publicité à Paris. Finalement, en 2001, il est confirmé dans ses fonctions et devient à part entière président-directeur général de la structure. Le passage du militant au professionnel est entièrement réalisé. Patrick Jacquot lâche alors son métier précédent. L’homme devient montpelliérain, dirigeant d’entreprise, en phase avec sa passion pour le militantisme et la moto.

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Crédit photo : Edouard Hannoteaux
 

De la Corse à Montpellier
Précision utile tout de même : ce père de famille de 51 ans, il a trois enfants, n’est pas un monomaniaque de la moto ! Il cultive d’autres passions, toutes liées aux images : « Je suis un passionné de BD et je passe pas mal de temps dans les salles de cinéma. Je suis un fou d’images ! » insiste-t-il, ravi de montrer d’autres facettes de sa personnalité. Les images, les paysages. Les deux ne sont pas si éloignés. Et la Mutuelle des Motards y a été sensible dès sa création. Sa création en Corse, en 1983, n’est pas le fait du hasard. C’est une terre mythique pour les motards. Mais, suite notamment aux pressions des indépendantistes, elle choisit de quitter les lieux et cherche un autre endroit pour s’implanter. Les villes candidates ne se bousculent pas : les motards ont encore une réputation un peu sulfureuse, et rivaliser avec les nationalistes corses ne tente pas grand monde… À Montpellier, Georges Frêche voit les choses d’un autre œil : la moto est certainement un moyen de transport appelé à se développer. Quant aux indépendantistes corses, on ne va quand même pas plier devant eux. Il propose donc à la mutuelle des locaux pour l’accueillir. Pour Patrick Jacquot, cette implantation montpelliéraine est cohérente : « Tout motard, c’est vrai, rêve de parcourir les routes sinueuses de la Corse. Mais à Montpellier, on retrouve ce qui fait le charme de l’Île de Beauté : deux tours de roue -suffisent pour découvrir des endroits magiques. On le voit bien quand on fait nos Assemblées générales : dès qu’on projette des images de la région montpelliéraine à nos sociétaires de Roubaix ou d’ailleurs, on sent que la destination les tente ! » Depuis la Corse jusqu’à Montpellier, de 1983 à 2009, le chemin parcouru est donc impressionnant, mais n’a en rien détaché la mutuelle des origines de son histoire : aujourd’hui encore, la Mutuelle des Motards considère qu’elle n’a pas de concurrent. « Nous sommes le seul artisan assureur de motards », précise ainsi le président. Il existe certes d’autres assureurs pour les motards, et cette mutuelle n’est même que troisième sur le secteur. Mais les deux autres sont des assureurs qui assurent, entre autres, le risque moto. « Logique. Aujourd’hui, la moto s’est démocratisée. Devenue une solution aux problématiques urbaines, elle est un levier de marketing pour les autres assurances », fait remarquer ce responsable.

Un assureur engagé
Dans ce contexte, la Mutuelle des Motards aurait pu -s’aligner et devenir un assureur comme un autre. Mais cela n’aurait pas été conforme à ses origines. « Nous avons un rôle de défense de la pratique de la moto, poursuit Patrick Jacquot. Nous considérons que la moto n’est pas encore reconnue comme un moyen de transport à part entière. Il -suffit de voir les aménagements en ville : il y a encore trop de pièges pour les motards. » Pour le motard chef d’entreprise, ce positionnement est fondamental, même d’un point de vue commercial pur : « Nos adhérents connaissent nos engagements. Ils savent que c’est ce qui nous anime, même si notre métier est bien évidemment de vendre des contrats d’assurance ! » Dans le même état d’esprit, la mutuelle est très présente sur le terrain de la prévention. Depuis 1996, il existe en France une équivalence entre le permis auto et le permis moto pour les 125 cm3. Pour la mutuelle, cette équivalence pose un problème, car les personnes manquent de -formation pour monter sur une 125. Avec son partenaire historique, les Motards en Colère, elle a donc proposé immédiatement des tarifs incitatifs pour des -stages de perfectionnement à la moto, après le permis. « Nous avons été les premiers à proposer ce type de produit, dès la sortie du décret. Les pouvoirs publics reconnaissent que ce travail n’était pas inutile ! ». De fait, depuis le début 2009, les adeptes de la 125 doivent réaliser obligatoirement trois heures de stage d’initiation à la conduite avant de monter sur leur engin. Depuis ses origines historiques, la Mutuelle des Motards a évidemment basé sa croissance sur d’autres produits que la seule assurance moto. « Cette assurance est la porte -d’entrée, explique Patrick Jacquot, mais nous proposons ensuite au motard les autres contrats dont il peut avoir besoin. » Très tôt, depuis la fin des années 80, la mutuelle a donc développé aussi des produits auto ou habitation. Pour la -voiture, c’est même elle qui a inventé dans les années 90 le contrat mixte auto-moto.

Aujourd’hui, elle pourrait regarder au-delà des frontières, en Espagne notamment. Rien de bien concret pour -l’instant, si ce n’est un intérêt évident des Espagnols pour l’aventure de la Mutuelle des Motards. « Nous avons rendez-vous avec les associations de motards espagnols, explique Patrick Jacquot. Ce n’est pas la première fois, mais il y a visiblement une volonté de leur part de construire quelque chose aujourd’hui. » Pas très étonnant, finalement : avec les Motards en Colère et la Mutuelle des Motards, la France se distingue des autres pays : l’Hexagone est en effet le seul pays à s’être doté d’une mutuelle portée par une base associative. « Il existe bien sûr des associations de défense des motards ailleurs que chez nous, précise Patrick Jaquot, mais qui ne sont pas allées jusqu’à constituer une mutuelle. » Encore une fois, le côté militant retient l’attention. Une singularité qui reste donc un atout, plus de vingt-cinq ans après la création.

Anne Devailly