Du noir et blanc taillé dans la sauvage beauté des « Iles de Westman »

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Jusqu’au 22 avril, l’expo de C. Taylor est à voir à l’Espace rouge.
Du noir et blanc taillé dans la sauvage beauté des « Iles de Westman ».
Dans un carré, de l’éphémère, de la colère

035200-exposition-photo-iles-westman-christopher.jpg - © C. Taylor
Photo : C. Taylor.

 

Archipel de Westman, au sud de l’Islande. Une poignée d’îles surgies des crachats de lave d’un volcan. Autour, la houle énervée de l’Atlantique nord. Un peu plus haut, le Groenland. Voilà pour le décor. Simplement intitulée « Iles de Westman », l’expo présentée à l’Espace rouge (1), la galerie de l’association Grain d’image, organisatrice du festival photo des Boutographies, se vit comme une expérience forte. Photographe autodidacte, l’Anglais Christopher Taylor, 52 ans, plusieurs dizaines d’expos au compteur dans le monde entier, a travaillé en noir et blanc, en argentique. Avec un Rolleiflex. D’où le format carré. « J’aime bien la simplicité de cette figure », déclare-t-il avec son accent british inchangé. Depuis vingt ans, Christopher Taylor vit dans l’Hérault, près de Gignac. « J’aime bien que les choses soient réduites à l’essentiel, voilà pourquoi j’aime le graphisme, et le noir et blanc », poursuit-il. Christopher développe ses négatifs, réalise lui-même ses tirages. Sur papier baryté.
Le travail puissant, colossal et permanent des nues
L’expo montre une série d’une vingtaine de photos, d’assez grand format. Un vrai coup de foudre. Dans ces carrés, Christopher a, parfois, saisi le statique. L’immobilité ventrue d’un vase clair où se pose un délicat reflet. Les angles aigus de murs blancs piqués de quelques clous.
Et, comme en contrepoint, il a capturé de l’éphémère mêlé à de la colère. Le travail puissant, colossal et permanent des nues. Dans les photos de Christopher Taylor, le ciel est un personnage à lui tout seul. Son ventre massif, d’un gris de plomb, semble insatiable. Agité de spasmes. A la fois lourd et vaporeux. Mais menaçant. Un ciel qui happe avec délices d’ultimes clartés. Comme désireux de plonger le monde dans son ombre.
De ce pays sauvage, éminemment vivant, éblouissant de beauté, Christopher Taylor a photographié l’aspect lunaire. L’homme, dans ces paysages, n’a pas droit de cité. Seulement aperçoit-on quelques pneus délimitant, sur une colline d’un noir de cendre, une piste de moto-cross.
« Ma belle-mère est originaire de Westman », explique Christopher, dont l’épouse est Islandaise. S’il connaît l’Islande depuis 1983, ce n’est qu’en 2005 qu’il découvre Westman, où il est accueilli chez une cousine de sa femme. « En quatre jours, j’y ai vécu tous les temps possibles… », rigole-t-il. « La pluie horizontale, les effets des vents qui tournent… Les côtes érodées par les vagues… La terre elle-même est très instable. Les îles les plus récentes ont été formées en 1960. En 1973, une éruption volcanique a agrandi l’île, et détruit la moitié des habitations… Là-bas, on sent le monde tourner autour de ce point… On a une sensation d’impermanence », livre-t-il. Impermanence ? La singularité de l’archipel de Westman mérite bien l’invention d’un mot qui sonne si juste. 
CATHERINE VINGTRINIER
(1). Au 9 rue Joachim Colbert (arrêt de tram place Albert 1er, ligne 1). Ouvert du mardi au samedi de 14h30 à 17h30.
Si Christopher Taylor connaît l’Islande, dont son épouse est originaire, depuis 1983, il n’a découvert l’archipel de Westman qu’en 2005.