Ses huiles sur toile, qui rendent si bien la chaleur des couleurs d’ici, en font le peintre de l’art de vivre méditerranéen. Jean Pierson aime le Sud, qu’il peint depuis des années. Après Paris, il poursuit à Béziers son œuvre onirique, dans son atelier surplombant la rivière l’Orb. Le sujet de ses compositions imaginaires : la mer, les jeux d’ombre et de lumière et partout dans l’air calme, la promesse d’un bonheur palpable. Une fenêtre ouverte sur un morceau d’infini, quelque part en Méditerranée.
Ce pourrait être un pas de porte ouvert sur la mer, une terrasse ombragée sur le toit d’un riad marocain, une maison plantée dans le sable, peu importe où d’ailleurs, au Sud toujours… Dans les toiles de Jean Pierson, il y a toujours cette part de rêve découpée dans l’image d’un Sud d’épinal, cette échappée bleue vers la ligne d’horizon, étirée à l’infini. Depuis plus de 20 ans, l’artiste place sa sensibilité au service d’une idée simple, peindre le bonheur et sa trilogie : la mer, le soleil toujours à son zénith et “l’ombrière” pour s’en protéger. Cet art de vivre méditerranéen s’épanouit dans toute son œuvre, à travers une série de rituels immémoriaux : l’apéro sous la tonnelle, la sieste, les repas entre copains, que suggèrent ici un met (un tajine, un couscous, des makis et yakitoris, selon -l’humeur de l’artiste) dressé sur la table, là une citronnade bien fraîche en attente d’être servie, plus loin un livre resté ouvert sur une natte… Aucun personnage chez Jean Pierson, si ce n’est hors-cadre, les objets étant les témoins de présences invisibles qui invitent l’imaginaire à prendre possession des lieux. “Mes peintures, vacantes de prime abord, sont en instance de vie : les gens peuvent s’installer”, précise-t-il. Cette invitation à vivre, sur la toile, ces moments oniriques est plus vrai que nature, tant le bonheur selon le peintre, si palpable dans l’air, semble s’être matérialisé. Pourtant Jean Pierson est un artiste au balcon : après plusieurs années de vie parisienne à rêver la mer de loin, c’est à Béziers qu’il pose en 1996 son chevalet, s’installant avec son épouse Nadia et leurs trois enfants. Depuis son atelier, niché dans l’ancien moulin de Bagnols réhabilité et surplombant la rivière l’Orb, il se projette en pensées sur les rives de la Méditerranée toute proche… et imagine. Fort de son premier métier de peintre décorateur, qu’il poursuit aujourd’hui en pointillé(1). Il imagine cette mer joyeuse et calme qui réveille en nous tout un univers de sensations agréables (plages inondées de soleil, farniente, etc) et séduit tant les continentaux en mal d’ailleurs ensoleillés. “Je me projette dans une bulle de bien-être qui m’inspire. La quiétude des lieux, la convivialité qui s’en dégage… Les paysages que je peins sont, la plupart du temps, imaginaires, même si les souvenirs peuvent m’inspirer.” Cette rêverie esthétique positive, qui agit comme un rayon de soleil sur la grisaille des villes et des esprits, a quelque chose à voir, chez l’artiste, avec la mémoire des vacances et des jours heureux : “J’ai toujours aimé l’art et le soleil, ça a certainement quelque chose à voir avec mon enfance. Je peins pratiquement toujours la mer, vue depuis le dedans, à l’ombre. Dehors il fait chaud, on se protège du soleil et on regarde l’extérieur. Ma passion pour le Sud aussi remonte à loin : enfant je partageais mes vacances entre Deauville et la Treille - le village de Pagnol - près de Marseille, où une tante avait une petite maison.” Loin d’être un artiste torturé, Jean Pierson se définit davantage comme un rêveur contemplatif qui, avec obsession, peint et repeint inexorablement son sujet, cherchant sur la toile à construire une forme chaque jour plus accomplie de perfection. On retrouve dans son œuvre les accords limpides et structurés des maîtres du passé ; la géométrie et l’équilibre de ses compositions dénotent un léger atavisme : “Mon père était architecte et il est vrai que la construction m’intéresse dans la peinture, même si je n’ai pas fait architecture pour les mêmes raisons : l’école des Beaux-Arts de Paris était pleine de gens pas très drôles, l’école d’archi attenante, c’était tout le contraire. Je cherchais une formation qualifiante et ça a fait plaisir à mes parents.” C’est donc diplômé de l’école des Beaux-Arts de Paris (1989) puis de l’École Nationale d’Architecture de Paris-la-Seine en 1999, que Jean Pierson a fait, il y a 20 ans de la peinture sa profession de foi. Depuis 1990, il enchaîne les expositions en France (Paris, Versailles et l’île-de-Ré dans les galeries Jamault où il expose de manière permanente, etc) et à l’étranger. Présent depuis dix ans à la galerie de l’Ancien Courrier à Montpellier, il signe un nouvel accrochage, du 24 avril au 30 mai prochain, avec une vingtaine d’œuvres récentes. On y retrouve la mer, le ciel à son zénith, l’ombre et la lumière, le bleu des vacances et le -bonheur à portée de main… Un sacerdoce pour Jean Pierson, qui avance en art en toute sérénité.
Galerie de l’Ancien Courrier - 3 rue de l’Ancien Courrier
34000 Montpellier. Tél. : 04 67 60 71 88.
Crédit photo : Edouard Hannoteaux