Laurent Ballesta, pêcheur d'images

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Ils sont une poignée dans le monde à plonger en autonomie au-delà des 100 m, et peut-être un ou deux à en vivre. Dans le prolongement du succès de son livre Planète MERS, Laurent Ballesta termine l’écriture de 2 nouveaux ouvrages, fruits d’une quête passionnée et patiente dans les 5 océans. Un roman à la Jules Vergne écrit à -190 m sous les mers. À 35 ans, le photographe biologiste sous-marin originaire de Vendargues règne en maître sous la barre des 100 m, malgré la profusion d’images portées tout récemment, depuis le fond des océans, sur nos écrans. Visions d’un visionnaire rattrapé par les sirènes de la modernité.

Ballesta.jpg - © Laurent Ballesta - Andromède Océanologie

Un froid matin d’hiver, entre deux voyages vers les mers du Sud, Laurent Ballesta est intarissable. Il déroule sa passion pour les fonds marins, pour ces grandes profondeurs qui donnent un éclairage si particulier à ses photos sous-marines réalisées à -120 mètres de fond et plus (il signe en 2008, au large de Nice, la photo la plus profonde du monde, réalisée à -192 m en plongée autonome), dans cette solitude abyssale où seuls les ROV et sous-marins allaient filmer jusque-là. Un pêcheur d’images plongeant, sans filets, dans la grande bleue aussi dangereuse que belle. Laurent Ballesta éclaire d’un jour nouveau la vie sauvage des océans, celle, silencieuse et vulnérable, retranchée dans les grands fonds inatteignables, que les bouleversements climatiques n’ont pas encore touché. Par centaines, ses clichés remontent à la surface, sillonnent la planète, couchés sur les pages des grands magazines de la presse française et étrangère (Paris Match, Figaro magazine, VSD, National Geographic, Daily Mail), exposés sur les célèbres grilles du Jardin du Luxembourg à Paris, également à Hambourg, Bonn, Nice, Varsovie, Lodz, Bangkok…

Bestiaire vivant

« La photo dans un 1er temps, c’était uniquement pour prolonger l’observation : en plongée le temps se compte en minutes, on n’est pas dans notre monde », explique le biologiste sous-marin, qui par la suite a commencé à constituer des bestiaires de ses photos, dont beaucoup des originaux ont depuis disparu : « La biodiversité, elle s’érode autant qu’elle se dévoile », confesse Laurent Ballesta qui assiste au grand dépeuplement de cette Planète MERS qu’il offrait à la connaissance du public en 2005 avec un 1er succès de librairie :  « avec le bouleversement du régime des courants et la pollution des mers, les poissons, ces ‘baromètres de bouleversements climatiques,’ ne sont plus au rendez-vous. » Alors le plongeur globe-trotter photographie avidement ce monde appelé à disparaître, par centaines de clichés. Renouant avec la tradition des pionniers de l’aventure sous-marine, Laurent Ballesta, à 35 ans, prend sa revanche sur la vie : lui qui, enfant, passait toutes ses vacances à la mer entre Carnon-Plage et les stations balnéaires d’Espagne « dans ce qu’elles ont de plus pathétiques », à observer le trait de côte et rêver ce monde marin qui pour l’heure se dérobait à sa vue. « C’est l’image de la mer qui m’a amené à la mer. Je regardais Cousteau à la Tv, fasciné par cette révolution des images sous-marines, et j’avais mes héros. Le plus beau rôle, c’était le biologiste marin qui le tenait », explique celui qui aujourd’hui règne en maître sous la barre des 100 mètres. « L’arrivée de la technique nous a permis de rendre réaliste et professionnel ce genre de plongée. Depuis 2002 avec les 1res missions à très grande profondeur, un nouvel espace d’exploration (entre 0 et 200m) s’est ouvert à nous, où tout reste à faire », s’émerveille Laurent Ballesta, qui compte parmi la dizaine de plongeurs au monde à avoir la maîtrise de ces techniques, avec en plus les compétences du biologiste et du photographe.

Les 5 océans
2006, 2007, 2008… Les campagnes se multiplient sur la côte d’Azur entre Villefranche-sur-Mer et Nice, également au Chili, en Islande, en Patagonie (2006-2007) où il monte une expédition pour réaliser les 1res observations naturalistes dans les grandes profondeurs des canaux de la Terre de feu. Entre deux missions dans le monde de l’infiniment beau, Laurent Ballesta termine l’écriture de deux livres : un 1er consacré aux rivières de France. Un autre, Secrets de profondeur, qui concentre plus de 15 années d’aventure au fond des océans. « C’est un récit à la 1re personne, j’y vais sans pudeur sur mes propres sentiments de frustration, d’excitation. Il y a une telle aventure de plongée, dans le froid, la solitude, avec parfois l’envie de renoncer et le goût toujours du défi : j’avais envie de raconter toutes ces facettes extraordinaires de mon métier. »

Texte : Idelette Fritsch