Portrait / VENT SUD N°24
Kito de Pavant, un solitaire bien entouré
Kito de Pavant a commencé à 40 ans une nouvelle vie sur l'eau. Celle dont il rêvait déjà tout jeune, mais à laquelle il n'avait pas vraiment cru. Il fait aujourd'hui partie du petit monde de la course au large et en solitaire et partira cet automne sur l'une des épreuves stars en la matière, le Vendée Globe.
Après 20 ans de convoyages et de charters, d'îles et d'eaux turquoise, mais aussi d'étés passés dans sa gargote l'Espiguinguette, sur l'immense plage de l'Espiguette étirée entre Port Camargue et les Salins du Midi, Kito de Pavant a décidé de se frotter enfin à son désir de compétition. Une vraie empoignade avec lui-même après "20 ans de frustration", comme il le dit volontiers dans un sourire qui ne porte pourtant pas le poids de cette souffrance. La libération est apparue en 2000 quand il s'engage sur sa première Solitaire du Figaro. Il la gagne à sa troisième participation en 2002. "J'avais exactement la même motivation qu'à 20 ans" reprend-il. Un brin d'expérience en plus serait-on tenté d'ajouter... C'est sur sa plage, à l'Espiguette, qu'il trouve son premier sponsor, un client devenu un copain qui croit en ses rêves de marin solitaire. "On avait un petit budget, on était totalement amateur", avoue-t-il, bien conscient que "chercher de l'argent" n'est pas son truc. Curieusement sa victoire ne lui ouvre pas les portes du sponsoring sportif. Kito doit ramer encore. Il traverse ses pires années, est prêt à tout arrêter en 2005 quand une drôle de vache au sourire béat se met à lui faire de l'œil. Lasse de ses vertes prairies, elle rêve d'espaces indomptés, d'océan démonté et de marin un peu fou pour aller s'y frotter. Le groupe Bel, médusé par la saga Bonduelle et l'importance de ses retombées médiatiques, veut lui aussi tâter du grand large. Pour leur lune de miel, en 2005, Kito leur offre un bouquet de podiums. "C'était la première fois que j'abordais les courses dans de bonnes conditions, avec les moyens, le bon matos et une préparation toute l'année" confie Kito. Et franchement, ça change tout ! En 2006, il enchaîne trois succès d'affilée. L'engagement sur un programme de 4 ans, en passant par le Vendée Globe, se décide à Istanbul. "En 2000, quand j'ai fait la Solitaire du Figaro, je n'imaginais pas tout ça, cela me paraissait totalement extravagant" se souvient-il.
Un monocoque de 60 pieds
Mais il est déjà un mordu de la course au large et en solitaire, cette discipline bien française à laquelle Tabarly a donné ses lettres de noblesse en 1964, ouvrant la voie à de prestigieuses courses comme la Route du Rhum, le Vendée Globe... L'envie de naviguer sur ces "gros bateaux" est venue en 2003, aux côtés de Jean Le Cam sur la Transat Jacques Vabre. "Le multicoque est un engin merveilleux, mais pour du solitaire c'est vraiment pas raisonnable, trop casse gueule" assure-il. En revanche, un monocoque de 60 pieds finit par lui sembler tout à fait raisonnable. Pour la première fois et grâce au Groupe Bel, Kito va enfin avoir un bateau, construit et conçu pour lui. Mis à l'eau en septembre 2007, le bateau a réalisé sa première course cet hiver pour la Transat Jacques Vabre avec Sébastien Col, connu pour ses talents de barreur et de stratège, aux côtés de Kito. Le genre de rendez-vous idéal pour juger des capacités de sa monture. "Nous avons fait le choix d'un bateau très léger avec un mât plus court : il est moins toilé et plus facile à manier" explique-t-il. Les deux hommes ont fini 6e.
Un Sudiste au Vendée Globe
Cette année, Kito retrouvera le gratin de la course en solitaire pour The Transat en mai, puis en juillet, il sera au départ de la 7e Québec-Saint-Malo. Mais le rendez-vous de l'année est celui du mois de novembre qui verra le départ du 6e Vendée Globe. Un tour de l'Antarctique de trois mois en solo ne s'aborde pas comme une course classique. Préparation du bateau, préparation du bonhomme. Il faut penser à tout, anticiper beaucoup de choses et ne pas négliger l'avant et l'après course. Kito travaille avec le service médical du CREPS de Montpellier pour améliorer ses capacités physiques et appréhender le stress. "Entre le cap de Bonne-Espérance et le cap Horn, c'est franchement pas rigolo, c'est d'ailleurs des endroits où je n'ai jamais eu envie d'aller... Ce n'est pas le parcours qui est intéressant en soi, mais le défi qui va se jouer entre les 27 bateaux. Il n'y en a jamais eu autant" raconte Kito, réputé pour être un adversaire redoutable sur l'eau. "On se connaît tous, mais je suis le seul de Méditerranée, alors je défends ma position de sudiste !" plaisante-il. Question de principe... Caroline Lemaître