Histalim muscle la sécurité alimentaire
Il y a viande hachée et viande hachée : viande rigoureusement
sélectionnée puis hachée, ou matière première de viande employée dans
des produits transformés d’entrée de gamme. Pour y voir plus clair, une
petite société montpelliéraine s’est spécialisée dans l’analyse de la
structure de la viande, en passant les tissus à la lecture
microscopique. Un marché de niche qui intéresse déjà les grands groupes
agroalimentaires.
Si vous achetez un steak haché chez le boucher, il va hacher devant
vous une pièce de bœuf pour en sortir des morceaux encore consistants.
En revanche, si vous achetez des conserves de légumes ou de pâtes
farcis, la farce est constituée d’une viande hachée nettement plus
fine, dont la texture n’a plus rien à voir avec le steak haché du
boucher. « Aujourd’hui, explique Jean-Philippe Coton, le créateur
d’Histalim, c’est sur la viande que le consommateur est le plus
méfiant. La crise de la vache folle est passée par là, et la confiance
est rompue. » Ce qui a poussé la filière à réagir, notamment sur le
secteur du steak haché. « Un quart de la masse d’un bœuf se transforme
en viande hachée. Pour montrer que le produit peut être hautement
qualitatif, la filière a développé un label “100 % muscle” qui atteste
de la bonne sélection de la viande. » Histalim s’est engouffré dans la
brèche : créé en 2005, ce petit laboratoire basé à Montpellier est le
premier dédié à 100% à l’analyse histologique de produits alimentaires.
« L’histologie est largement répandue en médecine -hospitalière, pour
analyser les tissus et détecter les tumeurs. Nous avons repris la
méthode, mais pour analyser les tissus de la viande. » À la tête de
l’équipe, Jean-Philippe Coton, au profil commercial mais qui a su
s’entourer de scientifiques.Autour de lui, quatre personnes, deux qui
se consacrent aux analyses, une qui est responsable qualité et
responsable scientifique, et une cinquième, docteur en sciences des
aliments, qui se consacre entièrement à la recherche. Contrairement à
d’autres sociétés, Histalim a eu, dès la première année, une activité
rentable, qui lui permet aujourd’hui d’investir 25 % de son chiffre
d’affaires en recherche/développement. Histalim travaille donc au
départ pour ce label « 100 % muscle » : elle effectue les contrôles a
posteriori afin de vérifier que le produit est conforme au label,
c’est-à-dire que la viande ne contient ni tissu -lymphoïde, ni moelle
ou autres abats.
Une technologie complexe
L’objectif est simple, la
technologie utilisée un peu plus complexe : une coupe de l’échantillon
est passé au microscope, et une coloration spécifique met en évidence
ses différents composants, qu’ils soient d’origine animale (muscles,
os, abats, couennes, etc) ou végétale dans le cadre de produits
composés (protéines végétales, hydrocolloïdes, truffes, amidons,
épices, etc). « En gros, explique Jean-Philippe Coton, tout ce qui
n’est pas soluble peut se détecter. » Histalim s’est constitué en trois
ans une banque de données histologiques qui lui sert de référence pour
l’identification des composants des échantillons analysés. La société
continue d’enrichir cette banque, notamment en tenant compte de
l’évolution en matière de transformation des aliments. Sur ce créneau
très pointu, Histalim est vite devenu le premier laboratoire dédié à
100 % à l’analyse histologie de produits alimentaires. La concurrence
existe, mais provient essentiellement du secteur public, universitaire
notamment. Reconnu dans son secteur, Histalim travaille à 80 % pour des
laboratoires d’analyses qui ne se sont pas lancés dans l’histologie. La
plupart d’entre eux font les analyses nutritionnelles (notamment le
pourcentage de matières grasses, important pour le consommateur final)
et les analyses microbiologiques, importantes pour la sécurité du
consommateur. Mais ils sous-traitent l’analyse histologique qui relève
davantage, pour l’instant, du niveau qualitatif et n’est pas
systématiquement demandée. « Nos analyses sont utiles notamment pour
les industriels en quête de label ou pour les distributeurs qui veulent
vérifier la qualité du produit qu’ils vendent en marque de distributeur
(MDD). »
Des découvertes insolites
Histalim est allé plus loin et propose maintenant également à ses
clients un autre type d’analyse, plus insolite : celle d’éventuels
corps étrangers que l’on peut trouver exceptionnellement dans les
produits alimentaires transformés (conserves ou autre). « La majorité
des réclamations dans le -secteur agroalimentaire concerne la présence
d’un corps étranger. Quand le client rend le produit, le producteur
peut alors nous le confier pour que nous définissions la nature de cet
-élément non souhaité. » Pour l’instant, Histalim analyse ainsi cinq
échantillons par mois. « Nous ne facturons le client que si nous
parvenons à analyser le produit. Jusqu’ici, cela a toujours été le cas
», précise encore le dirigeant. Qui avoue avoir parfois trouvé des
choses plutôt insolites… mais on n’en saura pas plus : on entre là dans
les informations confidentielles, au même titre que les programmes de
recherche/développement…
Le projet LOTIMS