L'activité de la filère devrait chuter de 5 à 7 % en 2009
La crise frappe le bâtiment, secteur-clé de l’économie régionale : 64 300 actifs en L.-R. dont 47 600 salariés, 4 000 intérimaires et 12 700 artisans*, pour un CA de 5,5 Md€. « Dans l’Hérault, en 2008, les deux tiers (67,6 %) des défaillances concernent le bâtiment, indique Anne-Catherine Brunet, directrice des services de la chambre régionale de métiers et de l’artisanat du L.-R. L’activité la plus durement touchée est de loin la maçonnerie générale. ». En 2009, la FFB L.-R. table sur une baisse d’activité comprise entre 5 % et 7 % (entre 7 % et 10 % au niveau national).
Des perspectives noires. Les fédérations tirent la sonnette d’alarme. « Les gens mettent de plus en plus des devis en attente, relève Philippe Issaly, président de la Capeb (artisans) du bâtiment. Ils reportent leurs travaux à neuf mois, voire un an... » Jean-Claude Depoisier, président de la FFB L.-R., note une fonte du niveau des carnets de commandes – « de 10 mois il y a un an à trois mois aujourd’hui. Le secteur du neuf est le plus touché (les promoteurs devraient vendre environ 5 000 logements, soit deux fois moins qu’en 2007). La rénovation a toujours un fond d’activité. » Patrick Ceccotti, président de la FFB dans l’Hérault, lance un appel au calme aux PME : « Il faut arrêter de casser les prix en répondant jusqu’à 20 % en-dessous du budget initial du donneur d’ordre. D’autant plus qu’on rentrera dans le dur lors du 2e semestre et en 2010 ! ». « Sans redémarrage dans les trois prochaines mois, il y aura de la casse », confirme Jean-Claude Depoisier.
Les stratégies mises en place. Pour maintenir son niveau d’activité, Fondeville (Perpignan, 440 salariés, CA 2008 : 100 M€) sort des frontières régionales. « L’agence de Montpellier regarde des affaires à Marseille, confie Raymond Fondeville, pdg. Le CA hors-région de Fondeville devrait peser 10 M€ dès cette année. » Face à un double-obstacle (baisse de 10 % de son carnet de commandes en un an et baisse de 40 % de la valeur de l’acier en six mois), Baurès** « gèle les embauches, concède Patrick Ferra, dg. Le ralentissement est très net depuis novembre. » Eiffage Construction L.-R. va réduire ses effectifs. « Nous étions 440 fin 2008, on va passer à 380 salariés, confie André Sauzère, directeur. Cela passera par des non-remplacements de départs en retraite et des départs volontaires. » La coupe la plus nette concerne l’agence de Perpignan, qui va passer de 75 à 50 salariés. Toujours dans les P.-O., Mitjavila (fabrication de stores, Rivesaltes) se diversifie dans les accessoires en aluminium pour panneaux solaires. Même stratégie pour le gardois Gamag (matériaux, bricolage, carrelage et menuiserie, 200 salariés, CA 2008 : 40 M€) : « Nous avons vu la chute du nombre de permis de construire, explique Olivier Dubost, directeur marketing. Comme nous sommes positionnés sur le marché du neuf, nous avons développé des outils pour capter des clients sur le marché de la rénovation : stand de rénovation menuiserie et stand de présentation d’isolants naturels à Alespo (23-26 janvier), audit énergétique proposé aux particuliers, carte de fidélité lancée en mars… Mais nos projets de rachats d’autres entreprises sont gelés. » D’autres profitent par contre de la crise pour faire leur marché : Union Matériaux (Montpellier) est sur le point d’absorber son concurrent gardois Gervais Matériaux (La Lettre M n° 1088 du 20 janvier), au bord de la cessation de paiement. « Avec la crise, il y aura forcément des opportunités de croissance externe, commente Mohed Altrad, patron du groupe industriel éponyme basé à Florensac (Lettre M n° 1085 du 23 décembre). Les cibles seront moins chères… ». Hubert Vialatte
* Cellule économique régionale du BTP, données à fin 2007.
** Négoce de produits métallurgiques, outillages…, 580 salariés en L.-R., CA 2008 : 145 M€.