Ces entreprises à l'insolente réussite

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Ces entreprises à l’insolente réussite

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Crédit photo : Edouard Hannoteaux
 

Khaled Zourray, DG de Budget Telecom

Le contexte économique mondial n’est pas des plus réjouissants. Le FMI (Fonds monétaire international) n’en finit pas de réviser ses prévisions de croissance à la baisse. Comme la BCE (Banque centrale européenne) qui ne tablait plus, début avril, que sur une croissance de 1,8 % pour la zone euro en 2008 contre 2,2 % quelques mois plus tôt. Ajoutons à cela les résultats des enquêtes mensuelles de l’Insee sur le moral des ménages (au plus bas mois après mois) et nous avons de quoi brosser un tableau d’une belle noirceur. Et si, au lieu de regarder le verre à moitié vide, on essayait de le voir à moitié plein. Si au lieu de parler des fermetures, des licenciements, on parlait des créations. Car il y en a. Et même plus en Languedoc-Roussillon qu’ailleurs, puisque notre région demeure championne en la matière. Les pessimistes feront remarquer que beaucoup de ces entreprises nouvellement créées ont du mal à passer le cap fatidique des trois ans. On doit en convenir. Mais celles qui arrivent à traverser ces premières années sans encombre peuvent aller loin. Très loin. Et les exemples ne manquent pas. Dans tous les secteurs d’activités, on trouve, chez nous, des entreprises qui ont su se hisser au sommet et y rester. Des entreprises dont le seul nom s’impose comme une référence dans leur propre domaine. Nous en avons sélectionné une dizaine qui nous ont paru emblématiques de ce qui se fait de mieux en matière de développement. Nous aurions pu en ajouter d’autres. Car la liste, bien sûr, n’est pas exhaustive. Et le choix forcément toujours un peu subjectif...


ALTRAD : la passion au service de l’économie

Créée en 1984 à Florensac, aux portes de Montpellier, l’entreprise Altrad (échafaudage, bétonnière, matériel tubulaire et brouette) n’a cessé, depuis, d’afficher une croissance à deux chiffres et s’est implantée dans de nombreux points du monde.
Les secrets de sa réussite, Mohed Altrad, p-dg du groupe éponyme, les énonce clairement. « Il faut un produit qui ne justifie pas des prix trop forts, des clients et une bonne approche marketing. » Il n’oublie pas non plus l’importance du choix des équipes pour mener à bien sa stratégie de développement, ni l’obligation, au risque de graves difficultés, de posséder des fondamentaux sains en termes de finance. « On doit présenter chaque année des bilans équilibrés » insiste ce chef d’entreprise qui, de croissance interne en croissance externe, a permis à sa société de devenir le leader mondial de la bétonnière, le leader européen de l’échafaudage ainsi que le leader français du matériel tubulaire et de la brouette. Altrad, qui compte une vingtaine d’implantations en France en dehors de Montpellier et est présent désormais dans quatorze autres pays, dont la Chine, a enregistré lors de la clôture de son dernier exercice une évolution de son chiffre d’affaires de 40 % par rapport au précédent avec un résultat de 419 M€ (contre 300 un an plus tôt) dont 247 M€ réalisés à l’étranger. L’exercice en cours devrait continuer à afficher une progression mais en retrait par rapport aux précédentes. Sans doute pour la première fois depuis sa création, Altrad tournera juste autour des 10 % de croissance. « Le contexte mondial n’est pas très bon » reconnaît Mohed Altrad qui n’envisage pas, cette année, de croissance externe et table sur une croissance interne inférieure. « On va consolider nos positions et accentuer notre effort en matière d’innovation en mettant l’accent sur la sécurité, la fabrication que l’on souhaite réaliser de façon écologique et une recherche de baisse des coûts de production. » De quoi satisfaire un peu plus le million de clients du groupe réparti à travers le monde.


HEXIS affiche sa sérénité

La société de Frontignan, fabricant de films PVC destinés à la communication, affronte une concurrence exclusivement américaine, a priori favorisée par la faiblesse du dollar. Mais une politique commerciale exemplaire lui permet d’aligner sept années de croissance continue.
Hexis chérit ses clients. C’est une lapalissade en affaires, mais en s’appuyant sur une équipe de commerciaux qu’elle présente comme « la meilleure sur le marché », la société soigne un système d’écoute de sa clientèle, caractérisé par sa souplesse et sa réactivité. Le directeur financier Hervé Cossard explique : « Un client, s’il est proche d’un de nos entrepôts de Paris, Lyon ou Dax, peut être livré dans la journée. De même, nous développons une R&D présente en amont, mais aussi en aval, capable de trouver des solutions techniques selon la demande. » Cette recherche d’interaction a conduit par exemple à l’élaboration d’un produit qui permet désormais à Hexis de concurrencer le géant américain 3M. Le Cast est un PVC de type coulé, « plus technique tout en étant plus confortable », qui lui permet d’engranger d’importants marchés comme la RATP, Aéroports de Paris ou la société de location de véhicules Ada. Mais c’est bien connu, la qualité a un coût. Dans un contexte d’euro fort, Hexis refuse de se laisser entraîner dans une surenchère des prix à la baisse ; elle tente au contraire de l’enrayer sur le bas de gamme en restant positionnée sur le haut de gamme. Parallèlement, Hexis cherche à maintenir et à creuser ses positions en Europe. Elle a réalisé 34 M€ de CA en 2007, et projette 40 M€ pour cette année, avec une proportion de 30% à l’étranger. Déjà numéro un au Portugal, elle a fait de la Grande-Bretagne son premier client à l’export, tout en étant présente en Italie et au Bénélux. « Vu la faiblesse du dollar, nous nous recentrons sur l’Europe, en mettant les bouchées doubles pour l’Espagne et l’Allemagne », précise Hervé Cossard. Positionnée sur la communication, un secteur d’activité en récession moindre par rapport à d’autres, Hexis a fait preuve de flair : « Nous avons su prendre les bons virages, en développant par exemple l’imagerie numérique dès 1999. » Et produire de la qualité, au service de la clientèle. Toujours.


Les bonnes affaires de BUDGET TELECOM

Tout n’a pas été fait en matière de téléphonie. Le succès de Budget Telecom prouve qu’une stratégie de niches très ciblées peut parfaitement fonctionner et autoriser une croissance rentable sur un secteur ultra concurrentiel.
Pas nécessairement philanthrope, la société montpelliéraine de téléphonie à prix réduit s’intéresse pourtant à deux cibles négligées par les gros opérateurs: les résidents étrangers et les seniors en difficulté avec la technologie. « Comme dans d’autres secteurs de masse, on observe en téléphonie une différenciation des comportements de consommation, analyse Khaled Zourray, DG de Budget Telecom. Tout le monde n’aura pas la même utilité des services fixes, mobiles, ou Internet. » La société propose par exemple un service client multilingue à sa clientèle étrangère. De même, elle développe Club Budget, « une offre à destination des seniors effrayés par la complexité des packages trop techniques », détaille Khaled Zourray : « Nous fournissons un terminal intégré d’accès très intuitif, s’adressant à ceux qui veulent communiquer par e-mails, et non télécharger des MP3 comme les jeunes. »
Ce renforcement sur des offres très segmentées dicte aujourd’hui la croissance du groupe. Avec un CA de 21,5 M€ pour 2007 et un objectif de 30M€ pour 2008, Budget Telecom travaille surtout à la maturation de son savoir-faire client. En début d’année, elle a ouvert un bureau parisien de 7 personnes (en plus du siège employant 50 salariés) pour cibler spécifiquement les résidents asiatiques, nombreux dans la capitale. En mars, elle a racheté Talk Talk, le service de Phone House spécialisé seniors. L’investissement en R&D se chiffre à un million d’euros, toujours dans l’optique du service : « Nous n’innovons pas sur la technologie des terminaux, que nous ne faisons qu’acheter à nos fournisseurs, précise Khaled Zourray, mais dans l’intégration du service et du contenu, au travers d’interfaces hommes/machines toujours plus simples. » Déjà présente en Espagne, en Italie, et en Afrique francophone, Budget Telecom veut développer sa présence sur ce dernier marché, avec de nouveaux services dits Voice Over Internet (VOIP) et téléphonie mobile.


ORCHESTRA, n° 1 de la mode enfantine

Créée en 1995 à Castelnau-le-Lez par Chantal et Pierre Mestre, la marque de vêtements pour enfants est représentée aujourd’hui dans 38 pays et réalise plus de 44 % de son chiffre d’affaires à l’international. Sa force ? Un concept unique conçu pour plaire aux enfants. Ça marche ! La réussite d’Orchestra tient d’abord dans son concept. En proposant, en 1995, des vêtements pour enfants accessibles à tous, de bonne qualité, de style très actuel, qui plus est dans un espace ludique, le couple Mestre vient de trouver la bonne idée qui doit permettre à son entreprise de décoller rapidement. La deuxième bonne autre idée est de savoir, en plus, mettre en place une organisation performante sans laquelle le succès de sa marque n’aurait sans doute pas été aussi percutant. Quatre ans après sa création, Orchestra se déclinait, déjà, en 18 succursales, 2 franchises et voyait arriver les premiers investisseurs dans son capital. Aujourd’hui cotée en bourse, la marque compte près de 380 magasins à son enseigne répartis dans trente pays (175 en France et 193 à l’export) ainsi que 794 points de vente dans 38 pays (320 dans l’hexagone, 474 à l’étranger). Son siège, installé aux portes de Montpellier, accueille 200 salariés dont la moitié assure la logistique mondiale. Au total, l’entreprise emploie environ 700 personnes dans le monde. Ses objectifs, pour 2008, sont de continuer à se développer en périphérie des villes qui, en France, connaissent un fort engouement et où il faut être présent. Orchestra entend, également, conforter ses positions dans des pays comme l’Espagne où l’enseigne compte 63 magasins et 142 points de vente ainsi qu’en Grèce (19 magasins et 164 points de vente). Au 29 février 2008, le chiffre d’affaires d’Orchestra s’est établi à 131,3 M€, en croissance de 18,8 % par rapport au 28 février 2007. Une croissance qui a même progressé de 25 % en France où le CA a atteint les 77,5 M€.

La COMPAGNIE DU VENT
sur tous les fronts de l’énergie propre


Déjà leader dans la production d’énergie éolienne, la Compagnie du Vent, groupe Suez (Montpellier) déploie ses ailes sur les marchés du photovoltaïque et des biocarburants.
La Compagnie du Vent revendique un rôle de producteur d’énergie, électrique ou autre, mais centré sur trois principes clés : « Une énergie renouvelable, non polluante, et éthique », détaille son président Jean-Michel Germa. Après avoir construit la première éolienne à Port-la-Nouvelle en 1991, et installé 11 parcs en France, la Compagnie a donc réfléchi sur ces trois critères pour se redéployer vers de nouvelles formes d’énergie propre. « Le photovoltaïque a l’avantage de décliner le métier de l’éolien, qu’il devrait largement supplanter d’ici quinze ans, analyse Jean-Michel Germa. Quant aux biocarburants, c’est aussi une façon de faire de l’énergie dans un secteur où il n’existe pas beaucoup de solutions alternatives. » La Compagnie s’apprête ainsi à construire une usine de biodiesel sur le Port Autonome de Marseille, en 2010. Il faut dix ans environ pour concrétiser un projet, aussi la société voit-elle loin. Elle a investi 60 M€ en 2007, prévoit d’investir 70 M€ cette année et pas moins de 250 M€ en 2010. Après avoir réalisé 11,3 M€ de CA en 2007, et 19,4 M€ cette année, elle vise les 271 M€ dans deux ans ! Une croissance exponentielle, soutenue par un marché en train d’exploser. À ce stade se pose la question de couvrir les besoins financiers nécessaires à la construction de nouvelles installations. « En accord avec nos principes, nous avons fait le choix de nous adosser à un partenaire ayant une plus grande capacité financière et une grande compétence industrielle, Suez [qui a pris 56,8% du capital fin 2007 et estimé la valeur de la société à 750 M€, souligne Jean-Michel Germa. La Compagnie du Vent dispose ainsi des compétences et des ressources financières lui permettant de construire les quelque
2 milliards d’euros d’installation de production d’énergie à l’horizon 2015. » Y