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Les volcans de l'Hérault : redécouvrez notre trilogie éruptive !

Date: 
19/02/2010

Si vous regardez attentivement la carte géologique de l’Hérault, vous remarquerez sûrement ces drôles de tâches bleues foncées qui semblent tombées d’un stylo qu’on a secoué pour voir s’il y restait de l’encre… Elles sont à peu près alignées selon une direction nord-sud jusqu’à l’ouest de Bédarieux, où elles prennent ensuite la direction de Clermont-l’Hérault, avant de se diriger à nouveau vers le sud, jusqu’à Agde.



Ces tâches bleues représentent en réalité des laves, "crachées"  par les volcans de l’Hérault, qui - contrairement à ce que l’on pourrait croire - n’ont rien à voir avec leurs vieux voisins du Massif Central, situés juste un peu plus haut, et âgés de 500 millions d'années ! A côté d’eux, les volcans héraultais peuvent être qualifiés de "petits jeunes". Nous verrons pourquoi...

Il se situent, du nord au sud, principalement sur 3 zones : le Larzac (plateau de l’Escandorgue), le Lodèvois, et les volcans de la basse vallée de l’Hérault  qui se succèdent jusqu’au Cap d’Agde, y compris en mer.

Cette semaine, notre saga volcanique nous emmène sur la RD13, entre Saint-Thibéry et Bessan... 

 

Les Monts Ramus

Il s'agit de trois "petits jeunes" âgés de 680 000 ans - presque rien pour les 

géologues ! - qui se sont édifiés en même temps, au cours d’une unique éruption qui a duré de quelques jours à quelques semaines.

En se dirigeant vers l’ouest de la coulée, nous en apprenons un peu plus sur ces volcans, et même, sur ce qui se déroule dans les entrailles de notre planète …

Cette projection, éjectée par le volcan, nous montre que le magma contient des gaz dissous (vapeur d’eau, gaz carbonique, etc.) Au cours de sa remontée, à partir de 150 à 200 km de profondeur, la pression diminuant, ces gaz s’échappent en formant des bulles qui remontent plus vite que la lave. Plus on se rapproche de la surface, plus les gaz se dilatent et plus la taille des bulles est importante. Si vous manquez de pierres ponces pour la salle de bain, c'est l'occasion de vous en procurer !



En pénétrant dans la carrière, vous verrez de surprenantes et imposantes colonnes : on les appelle des orgues basaltiques, du nom de la roche dont elles sont formées, le basalte.

La formation de ces grands prismes, à base hexagonale, est provoquée par la diminution de volume du magma parvenant à la surface, qui passe de l’état liquide (à une température de 1 200° C) à l’état solide. Ces hexagones rappellent par leur forme les craquelures que l’on peut observer dans l’argile  en train de s’assécher (qui tapissent souvent le fond des flaques).

Les orgues nous réservent d’autres surprises, tel que cet œil de cyclope, au milieu de la photo.

Il s’agit d’un chenal (ici coupé transversalement) dans lequel la lave, chaude et fluide circulait encore, alors que la partie supérieure de la coulée, à l’air libre, ainsi que sa base (en contact avec les roches froides) étaient déjà solidifiées. Avec le temps, toute la lave circulant dans ce chenal s’est également solidifiée.



Le basalte semble bien triste avec sa couleur noire. Pourtant ! A y regarder de plus prés, on peut y découvrir de petites merveilles...



> Connaissez-vous ce magnifique cristal vert olive ?

Vous l’avez déjà vu... Plutôt en ville, en rêvant devant les vitrines des bijouteries, où il orne bagues et pendentifs : ce joli cristal est celui d’un minéral appelé péridot. Il est également très apprécié des géologues, mais pour une toute autre raison : il provient des entrailles de notre planète et nous a appris beaucoup de choses sur la composition et le comportement des couches profondes du globe terrestre. En effet, la famille à laquelle il appartient - les péridotites - représente les minéraux les plus profonds que l'on connaisse. Leur composition est donc celle des couches terrestres les plus profondes connues à ce jour.



> Et ces petites boules blanches, les reconnaissez-vous ?

Non ? Et pourtant, elles vous sont bien utiles ! Ce sont des zéolites : ces minéraux, peu courants, tapissent souvent l’intérieur des roches volcaniques. Ce sont des anciennes bulles. Ils possèdent une structure particulière, qui leur confère certaines propriétés remarquables : leurs cristaux sont semblables à de minuscules tubes, qui peuvent stocker des fluides (et les restituer si on les chauffe). Ils se comportent donc comme des éponges, qui seraient capables d’absorber dans leurs pores des éléments chimiques dont on voudrait arrêter le passage. 

Un must en matière de filtres !

Ils sont utilisés pour le traitement des eaux usées, filtrent l’eau des piscines, détruisent l’ammoniac contenu dans l’eau des aquariums… Leur structure alvéolée et leur résistance permettent également de les utiliser pour fabriquer des bétons solides et légers. Et si la litière de votre chat n’émet pas d’odeurs nauséabondes, c’est encore grâce aux zéolites !

Article et photos de Françoise Besset, géologue. 

Service Espaces naturels et Domaines départementaux, CG34