« Tu n’es pas différent, tu es comme les autres » 

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Quand on est malentendant ou sourd, la musique ne va pas forcément de soi… Et pourtant ! 

Démonstration mélodieuse à l’appui, Norbert Averoux, professeur de guitare malentendant au sein de l’association SURDI 34 à Montpellier, nous explique que la musique est un langage universel qui « s’écoute » et se ressent avec l’ensemble de notre corps et pas uniquement avec nos oreilles. 
Norbert Averoux de l’association SURDI 34 nous interprète Nathalia de Georges Moustaki. Un morceau qu’il a appris et joué en concert à l’âge de 13 ans !

A quel âge avez-vous commencé à jouer de la guitare ?

« J’ai été « appareillé » à l’âge de 2 ans. Suite à une « vilaine » otite, comme on dit. Un jour, j’avais 4 ans, je crois que je ne parlais toujours pas, je me suis arrêté dans un magasin de jouets, fasciné par une guitare accrochée au mur. Je me suis approché et ai fait vibrer une corde. J’en ai eu des frissons. Mon cœur s’est mis à battre ! J’ai couru chercher ma mère. Le Noël suivant, j’ai trouvé cette guitare au pied du sapin. Je me souviens, ma mère m’a dit : « Tu as le droit d’avoir une guitare, tu n’es pas différent, tu es comme les autres ! ». »

Avez-vous trouvé facilement un professeur de musique ?

« Malheureusement, non ! J’avais beau être « comme les autres », les professeurs de musique étaient bien déroutés par ce petit garçon qui ne parlait pas beaucoup et mal et qui était malentendant ! Mon père était dépité par les échecs... Ce n’est qu’après plusieurs années qu’il a trouvé l’annonce d’un professeur de guitare débutant. »

Quel souvenir avez-vous de ce premier professeur ?

« J’étais son premier élève ! Au collège, j’avais du mal à trouver ma place et j’étais souvent découragé. Mon professeur de guitare a fait preuve de beaucoup de patience avec moi, c’était un excellent pédagogue, très à l’écoute de mes besoins. Il m’a appris à « écouter » et à me connecter aux sons en mettant tous mes sens en exergue et à me servir de mes propres ressentis, de mon imagination, pour « interpréter » la musique. »

Justement, comment on fait pour « interpréter » un morceau de musique quand on est malentendant ?

« Quand on est musicien, on est bien plus qu’un simple technicien capable de lire une partition. On ne « traduit » pas une partition, on l’ « interprète ». De tout notre corps ! 
Même pour un « entendant », il est important de ne pas se fier qu’à ses oreilles et de laisser tout son corps « s’ouvrir » aux sons ! De percevoir la musique à travers nos mains, nos bras, notre cuir chevelu, notre ventre, notre poitrine…
Quand je lis une partition, je vois des notes, mais aussi des couleurs, des différences de fréquences, que mes doigts interprètent ensuite sur la guitare selon mon humeur… Il existe 10 000 manières d’interpréter un morceau de musique ! »

Qu’est-ce que la musique vous apporte au quotidien ?

« Elle me fait oublier mon handicap, tout simplement ! Ce n’est que grâce à elle que j’ai réussi à me dépasser, à entrer au Conservatoire National de Musique, à échanger avec les autres et à faire des rencontres… Quand j’ai eu 20 ans, j’ai eu l’occasion de faire un stage international de guitare dans les Pyrénées Orientales. Plus de cent jeunes de nationalités différentes étaient venus apprendre la guitare avec les meilleurs professeurs français, espagnols, argentins et mexicains. Au quotidien, mon handicap me rendait parfois la vie dure. La communication avec les autres étaient parfois compliquée. J’étais un jeune homme mal dans ma peau, timide. Mais lors de ce stage, j’ai découvert qu’on n’avait pas besoin de paroles pour jouer ensemble ! »

Aujourd’hui, Norbert anime des ateliers d’éveil musical pour l’association SURDI 34 et donne des cours particuliers à domicile en s’adaptant aux spécificités de chacun (surdité, maladies chroniques, hyperactivité…). 

Plus d’infos sur : www.surdi34.fr
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« Le parcours de Norbert est un bel exemple de réussite ! La musique est un langage universel qui permet de se connecter aux autres mais aussi de se retrouver et d’oublier son handicap »
Le Département s’engage pour l’insertion sociale des personnes en situation de handicap, en soutenant notamment Handiscol’Sport (www.handisport-herault.org), un dispositif qui garantit l’accès au sport pour les jeunes handicapés scolarisés.
 
Gabrielle Henry, Conseillère départementale déléguée à la solidarité handicap