Quand Antoine Guillon dialogue avec des détenus

Champion du monde d’ultra-trail en 2015 et ambassadeur sportif du Département de l’Hérault, Antoine Guillon est aussi un homme de cœur. En témoignent ces confidences recueillies derrière les barreaux.

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Antoine Guillon à la rencontre des détenus à la prison de Villeneuve-les-Maguelone. (credit photo : Florence Jaroniak)

Il rentre de Chine au terme d’un ultra-trail éprouvant. Pourtant, c’est sourire aux lèvres, qu’il franchit les portes de la maison d’arrêt de Villeneuve-les-Maguelone, un mercredi de novembre. Antoine Guillon a rendez-vous ce jour-là avec l’équipe d’Hector, un magazine rédigé par des détenus. « Cet hebdomadaire a pour point fort l’interview de personnalités exemplaires », confie Damien Calmel, enseignant de l’Education nationale, responsable du projet. Loin des a priori sur le milieu carcéral, l’athlète héraultais se livre dès les premières questions. Adolescent, il aime courir, passer des heures dans la nature, à chercher entre autres, des champignons. Auteur d’incroyables performances en apnée, il finit par renoncer à ce sport « trop dangereux ». Il découvre le trail en quittant les Yvelines pour l’Hérault. « Quel a été votre déclic pour ce sport peu commun ? », interroge un rédacteur d’Hector. « Enfant, le marathonien Yannis Kouros me faisait rêver. A mon arrivée dans l’Hérault, un ami m’a proposé de participer à la grande course des Templiers. Le goût de l’effort et du défi m’a amené à dire oui. J’ai été poussé dans mes retranchements mais c’était fantastique. »

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Dès lors, Antoine Guillon enchaîne les podiums. Son record ? 335 km en 79 heures sur 25 000 mètres de dénivelé. Dix paires d’yeux jaugent illico le frêle gabarit — 1,68m pour 52 kg — et s’arrondissent en écoutant la suite. « J’alterne 4 200 km à pied avec 6 000 km de VTT par an. » Mental, sommeil, alimentation… Cet autodidacte apprend surtout la maîtrise de paramètres indispensables en situations extrêmes. « Comme dans le parcours carcéral », souffle un détenu. « Chaque victoire sur soi est source de satisfaction et toute expérience a un côté positif », acquiesce Antoine Guillon. La reconversion ? A 46 ans, il s’y prépare en s’orientant vers le coaching, l’organisation d’ultra-trails. Ou encore l’écriture de romans situés dans l’univers du trail.
S’il devait être payé à hauteur de ses efforts, l’ex-agent immobilier roulerait sur l’or. Sa richesse est ailleurs. « Solitaire, je me suis reconnu dans cette communauté sportive avec laquelle je partage souffrances et joies. Je m’épanouis au contact des autres. » Ses courses aux quatre coins du monde deviennent prétextes à des rencontres vraies, tels ces paysans népalais qui travaillent de façon ancestrale. « Sans renier le progrès, pourquoi ne pas s’inspirer de leur mode de vie ? », propose t-il. Révolté par « les messages mensongers qui prônent la surconsommation au détriment de la santé et de la nature », Antoine Guillon cultive en famille légumes bio et valeurs saines. Ambassadeur de l’Hérault, il sera aussi parrain de l’Odyssée de l’Or, une course organisée dans le cadre de la Journée mondiale Parkinson 2017. « S’engager signifie pour moi se consacrer à une passion devenue un art de vivre tout en essayant d’être utile aux autres. »