Août 2012. La météo prévoit 32°C. Et si j’allais à la plage ? J’appelle ma copine Margaux. À nous le soleil, le sable chaud ! Vacances j’oublie tout... Zéro stress. D’autant que nous décidons de prendre le tramway et le bus pour nous rendre au Petit Travers, depuis le centre-ville de Montpellier.

9 h 45. Rendez-vous place de la Comédie. J’aperçois Margaux non loin du carrousel, un parasol en bandoulière. Ici, seules les lignes 1 et 2 passent. Un peu d'exercice ne peut pas faire de mal. Nous marchons jusqu’à la station Gare Montpellier-Saint-Roch pour prendre la ligne 3. J'adore ses colonnades grecques ! Construite en 1844, la gare est en effet dotée d'une façade de style néoclassique. J’achète mon ticket aller-retour à 2,50 €.
10 h 15. Ding ! Le tramway s’arrête devant nous. Je m'apprête à composter mon ticket dans la borne ovoïde orange. Hélas, elle affiche le message "valideur bloqué". Ca commence bien, me voilà dans l’illégalité. Bon. Pas de lézard. En cas de contrôle, je peux prouver ma bonne foi.

Fermeture des portes. La sonnerie retentit. La douce voix du tram annonce « Direction Lattes centre ». Aaahhhaaahh zut de flûte. C’est vrai, la voie bifurque. Faudra descendre pour changer de tramway et prendre celui qui nous emmènera à Pérols. Je jette un œil à l’itinéraire. Verdict : descendre à Boirargues. Encore six stations. On est larges.
Nous nous asseyons sur les sièges confortables de velours vert et violet. Des couleurs qui tranchent avec les armatures métalliques oranges, les nuances de vert pomme et bouteille des faces latérales, et le bleu du plafond. Un bouton avec un logo handicapé attire mon attention.
En face de moi, une femme d’une cinquantaine d’années, en djellaba violette, tient un sac en plastique et un balai à manche rouge. Les passagers sont paisibles, tranquilles. Certains lisent le journal ou un livre. D’autres écoutent de la musique devant le paysage citadin qui défile.
« C’est la deuxième fois que je le prends, mais je ne suis jamais allée si loin… » me confie Margaux. Que de monde dans les rues ! J'ai lu récemment que Montpellier était la huitième commune de France par sa population : 255 080 habitants intra muros et 387 155 habitants en agglomération (recensement Insee, 2009).
Nous surplombons maintenant la gare de Montpellier-Saint-Roch.
L’affluence du tramway est raisonnable, tout le monde peut s’asseoir. Certains font le choix de rester debout. Je me demande où vont ses gens qui voyagent dans le tram de 10 h 20 ? Font-ils des courses ? Sont-ils en vacances ? Au travail, entre deux rendez-vous peut-être ? C'est curieux d'être si proches un instant, sans pour autant jamais se parler.
Nous longeons les rives du Lez. Arrêt Moularès – Hôtel de ville.
En passant le pont Jean Zuccharelli, nous dépassons les voitures. C’est agréable. Le tramway est silencieux. Son mouvement donne la sensation de glisser tout en douceur sur la ville.
Nous passons devant la nouvelle mairie, avenue du Pr Étienne Antonelli. Un parallélépipède haut de 40 mètres, posé sur un plan d'eau tourné vers le Lez, conçus par les architectes Jean Nouvel et François Fontès. Le bâtiment intègre une centrale photovoltaïque de 1 400 m², l'une des plus importantes en France. Les panneaux sont implantés sur le toit et sur les brise-soleil qui protègent les façades. D'où son aspect "Dark side".
Passée la station Pablo Picasso, nous quittons la ville. En deux secondes, on est à la campagne, au milieu des champs et des allées d’arbres. Les arrêts de tram s’espacent. Nous descendons comme prévu à la station Boirargues. Il est 10 h 30. Nous revoilà... sur les rails ;-)
Un vif coup d’œil au panneau d’affichage : « L3 Pérols Etang 24 min ». Aïe. Va falloir être patientes. Faut dire qu’on n’a pas consulté les horaires non plus ! Je relativise. Vingt-quatre minutes, ça passe vite. « Et si ça se trouve, l’affichage se plante » me dis-je.
Nous prenons place sur un banc, nez à nez avec les enseignes publicitaires qui dessinent (polluent ?) le paysage. « Quand on étaient petits, on venaient manger à cette cafèt’ » se souvient Margaux. Qui aurait pu croire qu’un tel endroit rappelle des bons souvenirs ? Hé bah si, la preuve. N'empêche, je me sens oppressée par autant de marques.
Margaux se plonge dans la lecture de son livre de poche. Evidemment, je n’en ai pas. Je choisis donc de scruter mon environnement et me focalise sur les motifs aux couleurs psychédéliques des vitres sur les abris de tram. Ça me rappelle les planches du test de Rorschach. Ce serait drôle de lancer une évaluation psychologique des voyageurs... avec résultats à la clef. Si vous voyez un masque avec deux yeux et des cils orange, vous êtes en proie à de grandes angoisses. Un papillon ? Vous souffrez d'austérité créative ! Deux cygnes extraterrestres qui s'aiment d'amour... ?
Margaux me stoppe net dans mes élucubrations.
- « J’aurais dû prendre mes lunettes ! ». C’est vrai que ça tape. Vivement la baignade rafraichissante au Petit travers. Et justement, un tramway arrive… Hé hé, j’avais raison d’être optimiste… ah non… zut. Encore un tramway à destination de Lattes. Grrrr. Les passagers descendent du tramway. Une femme en tong et tenue estivale, avec son fils et sa mère, s'assoie à nos côtés et nous demande :
- « Vous allez à la plage ? Il y a deux bus je crois à prendre après… »
- « Désolée, c’est la première fois qu’on y va aussi… »
Pas de bol. On est vraiment partie à la roots. Bien sûr qu’on ne sait
pas comment ça se passe. C’est ça aussi les vacances : l’aventure !
La ligne 3 est toujours à quai. Je l'observe avec précision : pieuvres géantes, poissons à paillettes, étoiles de mer, perles… Quelle imagination ce Christian Lacroix ! Cette fantaisie et cette audace me plaisent. Le tram repart.
A ma droite, un panneau publicitaire attire mon attention : un homme roux à moustache et lunettes titré « Adopteunmec.com. Cette semaine, série spéciale carottes ». Je suis d’abord choquée par ce revers de machisme, puis intriguée. J’irai peut-être voir ce que c’est que ce site. Quand même… si c’était une femme, les assos féministes se seraient déjà rebellées. Mais je dois bien l'avouer, en tant que femme justement, je trouve ça un peu drôle.
Plus que 9 minutes d’attente.
Le petit garçon tient le compte à rebours. Ce qui ne manque pas d’agacer sa mère. En face, dans l’autre sens, deux jeunes femmes tiennent précieusement leur dossier vert.
- « Elles ont eu le bac ! » m’explique Margaux. Les résultats sont tombés aujourd’hui. Nous nous commémorons cette époque de stress et de soulagement…
- « Matéo, il arrive ! » crie la maman à son fils.
Ding ! Le tramway « Destination Etang de l’or » s’arrête à nos pieds. Enfin. Le panneau d'affichage ne mentait pas. Nous avons poireauté 24 minutes. On grimpe.
Beaucoup plus blindé que tout à l’heure. Des jeunes femmes allemandes en chapeaux de paille sur notre droite discutent. En face de Margaux, une fille mystérieuse à lunettes noires, vêtue d’un pantalon sarouel noir et aux cheveux noirs coiffés comme un sumo, scrute le paysage. Nous passons devant l’Arena, cette salle multifonctions située juste à côté du Parc des expositions de Montpellier.
11 h 08 Terminus étang de l’or ! Yesssss !
Deux bus d’Hérault transport attendent : "ligne 132 plage du Petit travers".
Aïe, je n’ai pas de monnaie. Faut-il payer en plus ? Là encore, je suis partie à l’arrache.
- « Non c’est compris dans le billet de tram ! » me rassure le contrôleur du bus, très sympa. Tout sourire. Ca fait plaisir.
Nous prenons place et attachons notre ceinture. L’étang de l’or nous offre un fabuleux spectacle. A gauche, un avion décolle depuis l’aéroport, tandis qu’à droite, nous apercevons une cabane de pêcheur. L’ambiance est tout autre que celle du tramway. Comme collégiale.
11 h 13. Le bus démarre. Et nous arrivons à Carnon, à l’entrée de la plage du Petit travers à 11 h 17.
Sur l’abribus, une plaque : « Réalisation des travaux Passerelles d’insertion - Atelier d’artisanat et Passerelles chantiers Mai 2011 ». C’est cool, me dis-je. C’est sûrement des gens en difficultés d’emploi qui ont réalisé cet abribus. Une bonne initiative.
Et ce n'est pas la seule : en 2008, près d'un million de m3 de sable ont été pompés au large de l'Espiguette pour réensabler la plage du Petit Travers qui a regagné 40 à 50 mètres de largeur selon les endroits. L'érosion ne l'avait pas épargné ! Il y a aussi le parking de 500 places qui offre un espace de stationnement aux autos intégré au paysage, le renforcement des dunes... Toute une série de travaux qui visent à protéger durablement le site, tout en facilitant son accès.
- « Vous allez vous régaler l’eau est à 24 °C, ça vous dit ? » nous demande une dame en maillot de bain qui sort de la plage. Température ambiante : 28 °C. Ca sent bon le poisson grillé. On retire les tongs, les grains de sable s’immiscent entre les orteils – que du bonheur – on s’installe, et zou dans l’eau.
En sortant du bain, j’aperçois une paillote. En fait, c'est une bibliothèque. Quelle drôle – mais merveilleuse - idée !
De 10 h à 19 h, on peut emprunter un livre, un journal, une BD… et le lire à l’ombre, sur un transat. Si on n’a pas fini son livre, les jeunes femmes - le plus souvent en études de lettres - mettent un marque page, vous gardent votre livre pour le lendemain. Lire à la mer avec l’odeur du sable, le bruit des vagues… Le pied !

Bilan de ce trajet en transports en commun, qu’on les prenne par nécessité, par économie ou par conviction écologique, c’est pratique et relativement rapide si vous prenez soin – c’est-à-dire pas comme nous – de consulter au préalable les horaires de tramway L3 (en évitant de vous planter de destination) et celles du bus 132. Pour les plus sportifs, sachez qu’il vous est possible de vous rendre de la station Pérols à la plage en empruntant un Vélomagg’.
Et pour changer de point de vue sur la mer, vous pouvez aussi à la descente du bus à Carnon vous rendre à la Grande-Motte à pied, en marchant à côté (et non sur) les pistes cyclable, prendre le microbus de 12 h à 20 h (départs toutes les 15 minutes) ou monter en calèche de 14 h à 19 h (départs toutes les 30 min).
Allez, nous allons encore un peu profiter de la plage Margaux et moi.
Très bel été à tous !














