Feuilleton sur la biodiversité héraultaise
Episode n° 9 : l'orchidée sauvage

ophrys 9Le grand retour  : l'ophrys de nos garrigues, un exemple étonnant de mimetisme entre fleurs et insectes !

ophrys 8Au cours de vos promenades printanières en garrigue, sans doute vous est-il arrivé de remarquer de petites fleurs très curieuses, ressemblant étrangement à des insectes ?
Si c'est le cas, vous avez très probablement rencontré des ophrys. Les photos ci-jointes vous permettront à coup sûr de confirmer ou d'infirmer ce fait, car les ophrys sont tellement caractéristiques qu'il est difficile de les confondre avec d'autres fleurs.

Qu'est-ce qu'un ophrys ?

C'est une plante de la famille des orchidées. Sachez en effet que les orchidées sauvages ne se rencontrent pas que dans les forêts tropicales. On les retrouve également dans une grande partie de l'Europe et plus particulièrement dans les régions méditerranéennes.
ophrys 21Et, parmi les espèces d'orchidées rencontrées en garrigue, les plus remarquables sont certainement les ophrys, car  leurs fleurs ont la taille, la forme, la couleur et la pilosité de corps d'insectes présents dans nos contrées. On a d'ailleurs utilisé cette particularité pour la dénomination des différentes espèces : ne vous étonnez donc pas si vous entendez parler des ophrys mouche, abeille, araignée, bombyx, bourdon,  frelon ou encore guêpe, etc.

Pourquoi ressemblent-elles à des insectes ?

Et bien, tout simplement, pour assurer leur reproduction ! En effet, la reproduction sexuée des plantes à fleurs nécessite la fécondation de l'ovaire d'une fleur par le pollen issu d'une autre fleur. Certaines plantes font appel au vent pour assurer la dissémination du pollen, et d'autres font effectuer ce travail par les insectes.
ophrys 11Mais, pour que l'insecte effectue cette tâche, encore faut-il qu'il y trouve son compte ! Dans bien des cas, la plante attire l'insecte par la production de nectar dont les insectes se repaissent, et passent de fleur en fleur en assurant en même temps la dissémination du pollen qui s'est déposé sur leur dos.

Dans le cas de l'ophrys, la tactique employée est celle du leurre sexuel : le pétale inférieur de la fleur, dénommé le labelle, est découpé comme un corps d'insecte avec des taches au centre figurant les ailes repliées brillant au soleil, des bosses latérales simulant les pattes postérieures, des petites excroissances simulant des yeux et d'ailleurs qualifiées de pseudo-yeux... Il arrive même que les 2 pétales supérieurs, linéaires et foncés, imitent les antennes. Ainsi, l'impression générale donnée par la fleur est celle d'un insecte (composé des 3 pétales, généralement de couleur brun sombre) posé sur une fleur composée des 3 sépales (ces derniers étant d'apparence beaucoup plus claire que les pétales et généralement teintés de vert, de blanc ou de rose).

L'insecte mâle croit avoir affaire à des femelles de son espèce posées sur les fleurs et accourt pour les féconder. L'imitation est tellement parfaite que l'insecte mâle accomplit un simulacre d'accouplement, que l'on dénomme pseudo-copulation. Le temps de s'apercevoir de son erreur, il se retrouve avec les masses polliniques solidement fixées sur son dos ou sur sa tête. Puis il va renouveler l'opération sur une autre fleur, sur laquelle il abandonne du pollen issu de la fleur précédente, assurant ainsi involontairement la fécondation des fleurs d'ophrys. Le mimétisme fleur-insecte est poussé à un tel degré que les fleurs d'ophrys émettent dans l'atmosphère des substances chimiques, imitant les hormones émises par les insectes femelles, pour attirer les mâles de leur espèce. Les insectes mâles volant au-dessus des ophrys sont successivement trompés par le mimétisme olfactif, puis visuel et enfin tactile (du fait notamment de la courbure du labelle et de sa pilosité imitant des poils d'insecte). Les insectes ainsi leurrés par les fleurs d'ophrys sont essentiellement des hyménoptères (important ordre d'insectes comportant entre autres les mouches à scie, les abeilles, les frelons, les guêpes, les bourdons,...).


Un p"tit conseil...
ophrys JOContentez-vous d'admirer ces merveilleux ophrys (qui fleurissent de février à mai en garrigue, et jusqu'en juin sur les Causses) !  Le cas échéant dessinez-les ou photographiez-les, mais surtout ne tentez pas de les cueillir ou de les arracher pour les transplanter dans votre jardin, d'autant plus que ce " vandalisme horticole" est presque toujours voué à l'échec, en raison de l'étroitesse des relations que ces plantes entretiennent avec leur substrat  naturel (relations symbiotiques avec des champignons,...).

 


Texte de Jacques Olivier - 11/03/2011
Photos : Xavier Boutolleau et Jacques Olivier

Département de l'Hérault - Service espaces naturels et domaines départementaux