Prévision, surveillance, rapidité d’action : parce qu’il vaut mieux prévenir que guérir, chaque année, l’Hérault déploie les grands moyens pour éviter les incendies de forêt. Non sans ajuster le tir.
C’est malheureusement devenu un classique : l’été, une partie des forêts françaises, - pour ne pas dire méditerranéennes - s’envole en fumée. Fin août, l’incendie le plus important de l’Hérault depuis 1973 a ainsi ravagé 3 000 hectares. En épargnant l’homme. Mais pas la nature. « Contraints de nous partager entre deux foyers d’une rare violence et concentrés sur la protection des personnes et des biens, nous avons atteint les limites d’efficacité habituelle de nos moyens », témoigne le colonel Christophe Risdorfer, directeur du Service départemental d’incendie et de secours (SDIS). D’où des renforts exceptionnels, pour une catastrophe elle-même exceptionnelle. Car dans ce département fortement boisé, le Conseil général a fait de la prévention des incendies de forêt une priorité. En partenariat avec les services de l’Etat et les collectivités, sa stratégie s’appuie sur un double dispositif.
Forêts sous haute surveillance
Au sein du service Défense de la forêt contre les incendies, l’Hérault se distingue d’abord par un corps de 120 « forestiers-sapeurs » départementaux, doté de 7 M€. L’hiver, afin de réduire la masse combustible et de faciliter l’intervention des secours, ils créent des coupures vertes, débroussaillent et entretiennent les équipements DFCI : 2 000 km de pistes, 330 citernes, 26 tours de guet, 10 pistes d’atterrissage. L’été, changement de casquette. 7 jours sur 7, dans leurs 4 x 4 jaunes, ils passent le territoire au peigne fin. Mission : sensibiliser les promeneurs, surveiller, détecter les fumées… En frappant vite et bien : grâce à eux, 80 % à 90 % des feux naissants meurent dans l’œuf.
Chaque incident est immédiatement signalé au poste de régulation forestier, en liaison radio permanente avec la salle de commandement feux du SDIS. Activé 24 h/24 en période estivale, ce PC recueille tous les paramètres propices à la formation d’incendies - dont les données météo - avant de quadriller le terrain. Vigies dans leur tour de guet, patrouilles équestres, à moto, camions-citernes feux de forêt légers et moyens aériens départementaux viennent renforcer le dispositif préventif. « A raison de 2 à 30 départs de feux par jour, la mobilisation est proportionnelle au risque : de 440 pompiers en niveau un, à 700 en alerte maximale », explique le lieutenant colonel Pierre Raynard, chef du groupement Gestion des risques.
Retours d’expérience
Le résultat est là : « Depuis la mise en place de ce plan, les surfaces brûlées ont nettement diminué », souligne Bertrand Schaeffler, chef du service DFCI. Mais, comme le rappelle le colonel Risdorfer, « le risque zéro n’existe pas. Il faut donc améliorer sans cesse stratégie, techniques de lutte, formation et matériel ». Y compris à grande échelle : au sein de l’Entente pour la forêt méditerranéenne, basée à Gardanne, 29 collectivités dont le Conseil général œuvrent à harmoniser leurs politiques et à mutualiser leurs moyens. Mais peut-on réellement faire barrière au brasier destructeur ? : « Le rapprochement dangereux entre habitat et forêt impose une réflexion sur l’aménagement du territoire », estime le colonel Risdorfer. Notamment « en élargissant les plans de protection des risques incendie qui réglementent les zones exposées ». Et en multipliant les coupe-feux, comme celui du causse d’Aumelas. Première application du Schéma départemental des coupures de combustibles en zones sensibles, ce chantier de 100 m de large sur 10 km de long a été réalisé par brûlage dirigé : un feu allumé sous contrôle… pour éviter le feu.
A cette technique adaptée aux zones inaccessibles ou trop vastes s’ajoute le développement de l’agro-pastoralisme : des parcelles sont défrichées au profit d’éleveurs qui s’engagent par contrat à les entretenir. Mieux connaître les feux de forêt permet enfin d’ajuster les actions : tel est l’objectif de la cellule technique de recherche des causes, créée il y a deux ans. On sait ainsi qu’à l’exception de la foudre, 95 % des départs de feu sont dus à l’homme. A ses imprudences. Ou ses malveillances : la piste criminelle est privilégiée pour quatre des cinq incendies ayant frappé l'Hérault. Preuve que la prévention reste l’affaire de tous.
Le SDIS en chiffres
3 000 sapeurs-pompiers volontaires, 700 professionnels
1 000 véhicules et engins roulants
Budget 2010 : 78 M€ en fonctionnement et 15 M€ en investissement (+ 11,6 %)
Aide du Département : 30,4 M€
Pierre Antoine, maire de Guzargues
« Un drame écologique »
Quel est le bilan du sinistre pour votre village ?
Après une nuit d’apocalypse, 70 % de notre territoire est parti en fumée. Soit 826 hectares, pourtant replantés après l’incendie de 1989 avec des végétaux plus résistants au feu. C’est un drame écologique. Mais aucune victime n’est à déplorer. Et les maisons ont été épargnées.
Comment se sont organisés les secours ?
Les pompiers et la gendarmerie sont intervenus immédiatement pour évacuer et sécuriser le village. Forestiers-sapeurs, comités communaux feux de forêt… La mobilisation a été générale. Sans compter la solidarité des villages voisins, de la communauté de communes et du Département.
Que faites-vous en prévention ?
En plus de l’entretien de nos chemins et du nettoyage des abords de la commune par les forestiers-sapeurs, les habitants font un gros travail de débroussaillage. Ce qui a permis d’éviter le pire. Mais devant l’impuissance des coupe-feux à enrayer cette coulée de flammes, on se demande quelle est la solution.
Jacques Daudé, maire de Saint-Bauzille-de-Montmel
« Encourager cultures et pâtures »
Que retenez-vous de l’intervention des secours ?
Une énorme quantité de moyens a été déployée : notre village a été sauvé grâce au travail remarquable des pompiers et autres équipes.
Aviez-vous pris des mesures préventives ?
Dotée d’un CCFF, notre commune incite ses habitants à débroussailler. Elle a investi 30 000 euros pour instaurer un large coupe-feu sur 17 hectares. Conjuguées à l’entretien des pistes DFCI par le Département, ces initiatives ont permis d’améliorer les conditions d’intervention des secours. Sans empêcher la catastrophe.
D’autres solutions sont-elles envisageables ?
Lors du grand incendie de1989, le feu s’était arrêté là où il y avait des vignes. La déprise agricole engendre des friches très inflammables. Il faudrait encourager cultures et pâtures. Et élaguer au lieu de replanter, car le reboisement fragilise parfois la forêt : le pin d’Alep coûte moins cher et pousse plus vite qu’un chêne vert. Mais c’est un bidon d’essence.
Chantal Chapuis, présidente de l'Association départementale des comités communaux « feux de forêt » et des réserves communales de sécurité civile de l'Hérault (ADCCFFH)
« Un travail de proximité »
Quel est le rôle des comités communaux feux de forêt ?
Subventionnés par le Conservatoire de la forêt méditerranéenne, le Conseil général et les communes, les 36 CCFF héraultais participent, sous l’autorité du maire, à la prévention des incendies de forêts par un travail de proximité complémentaire au dispositif officiel.
Concrètement ?
En été, les week-ends et jours fériés, 800 bénévoles formés arpentent les zones boisées pour contrôler le débroussaillement, signaler toutes les anomalies, donner l’alerte. Ils peuvent guider et assister les secours, réguler la circulation et assurer une surveillance post-sinistre. Enfin, ils contribuent à informer les promeneurs et sensibiliser les scolaires au risque feu.
Avec quel impact ?
La connaissance parfaite de notre territoire nous permet d’agir avec rapidité et efficacité. D’année en année, nous constatons aussi moins de négligences. En espérant que nos patrouilles en tenue orange découragent les malveillances…















