Ecrivain, voyageur, observateur du monde, le scénariste Jean-Claude Carrière se partage entre cinéma et littérature. Président du Printemps des comédiens, il sera là en juin pour une lecture de la grande fresque indienne, le Mahâbhârata.
Il a travaillé avec les plus grands : de Buñuel à Louis Malle, de Peter Brook à Milos Forman, pour n’en citer que quelques uns. Jean-Claude Carrière accumule aussi avec beaucoup d’humilité nombre de récompenses et de nominations. Tout près de nous, de sa maison natale à Colombières-sur-Orb, il nous parle d’un festival qui lui tient à coeur, né comme lui de la terre héraultaise : le Printemps des Comédiens.
— Je suis très attaché à ce festival que je préside depuis vingt ans. C’est le deuxième festival de théâtre en France après celui d’Avignon, et nous avons un public très fidèle qui ne cesse de croître. Les formes théâtrales sont à l’image du monde d’aujourd’hui, un monde de diversité et de métissage, et j’aime parfois y amener ma modeste contribution.
Vous serez présent cette année ?
— J’aurai le plaisir de venir raconter le Mahâbhârata, dans le cadre des cafés de la diversité qui sont des moments de rencontre autour d’un thème ou d’une culture. Le Mahâbhârata est le fameux poème épique indien que j’avais adapté avec Peter Brook en une version qui durait neuf heures ! C’est l’un des livres les plus anciens de l’humanité ! Il compte 200 000 vers et est l’origine même des mythes, de la religion, de l’histoire et de la pensée indienne. Tel un conteur, accompagné d’une musicienne, je vais donner en 1 h 15 le coeur de l’histoire de ce poème, en traduire l’atmosphère et en lire quelques extraits, pour ensuite échanger avec le public.
Cet échange avec le public compte beaucoup pour vous ?
— J’aime de plus en plus ce que l’on appelle les petites formes théâtrales. Des représentations sur des choses très précises, comme de l’acupuncture, qui me rapprochent d’un public à le toucher, à lui parler, et à échanger. C’est un mouvement général dans ma vie.
L’écriture reste aussi au coeur de votre travail qui est impressionnant. Comment arrivez-vous à organiser votre temps ?
— Je n’ai jamais cessé d’écrire, l’envie d’écrire est toujours là, tous les jours. Et je n’ai jamais laissé le temps me dominer. Je préserve ma liberté, je le fais lentement, et j’ai toujours été en avance sur mon travail ! Je crois que les gens très pressés perdent beaucoup de temps. C’est peut-être aussi la grande diversité de mes activités qui me permet de durer ! Il faut dire aussi que lorsque je viens ici, à Colombières - où je retrouve mes racines et où ma femme et ma fille Kiara sont aussi heureuses que moi de retrouver la maison de mon enfance - je peux travailler dans les meilleures conditions. »
Quel est votre rapport avec Colombières ?
Vous avez des projets en cours ?
— Je voudrais rendre hommage à Luis Buñuel avec qui j’ai partagé près de seize ans de travail intense, notamment en tant que scénariste de sept de ses films. Je veux encore partager avec lui mes réflexions sur le monde d’aujourd’hui, un monde dont on peut se demander ce que lui auraient inspiré les mutations et les bouleversements qu’il n’a pas connus.














