C’est l'un des meilleurs défenseurs que le monde du football ait connu. Une carrière couronnée d’un titre mondial. Aujourd’hui, Lilian Thuram écrit.
Il est devenu une référence morale pour la jeunesse française. Il a créé sa propre fondation, engagée pour l’éducation contre le racisme. Ce Guadeloupéen, champion du monde de football en 1998, vient de publier Mes étoiles noires, de Lucy à Barack Obama. Il y trace des portraits de femmes et d’hommes, fruits de ses lectures, de ses réflexions et de ses rencontres avec des spécialistes et des historiens.

Comment en êtes-vous venu à l’écriture ?
Tout d’abord je n’ai pas écrit seul. C’est avec la collaboration de Bernard Fillaire que j’ai rédigé cet ouvrage. Il faut dire que dès mon arrivée à Paris à l’âge de neuf ans, moi qui venais des Antilles, j’ai ressenti des préjugés négatifs liés à ma couleur de peau. J’ai alors cherché à comprendre le mécanisme du racisme, à ne pas m’enfermer dans la victimisation et à garder une estime de moi. Je trouvais incroyable de constater que l’on ne pouvait parler du peuple noir sans que ne revienne systématiquement la question de l’esclavage ! Ce phénomène est profondément ancré dans l’histoire de nos sociétés et dans notre inconscient collectif. J’ai donc pensé que pour changer le regard sur le racisme, il ne fallait pas développer un discours moralisateur mais amener de la connaissance pour faire évoluer les croyances.

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Pourquoi ce titre Mes étoiles noires ?
Tout au long de ma vie, on m’a montré beaucoup d’étoiles. On me citait Baudelaire, Lamartine, Platon et bien d’autres. Mais jamais d’étoiles noires. J’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui m’ont aidé à trouver les clés de ce phénomène. Par les portraits que j’ai rédigés, j’ai voulu montrer qu’il n’y a pas d’étoiles blanches ou noires, mais des femmes et des hommes qui ont été mes repères. Ce sont toutes ces étoiles qui m’ont permis de croire en l’Homme et d’avoir confiance en moi.

Pourquoi avez-vous décidé de vous engager ?
Il ne s’agit pas d’un engagement. Je voulais amener une réflexion, établir un lieu pour échanger, communiquer et briser les préjugés encore inscrits dans notre inconscient collectif. Coexister, c’est exister ensemble. Nous sommes, chacun de nous, prisonniers de notre couleur. Il faut casser les barreaux et se considérer les uns les autres comme des femmes et des hommes à part entière. Dans le monde du football par exemple, il y a moins de racisme que dans le reste de la société, parce que c’est un lieu de rencontre, avec des objectifs communs. Nous avons appris à nous connaître.

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans votre vie de footballeur ?
J’ai conscience d’avoir eu une trajectoire extraordinaire. Jouer à l’étranger, se retrouver étranger dans un pays, c’est une expérience magnifique qui m’a beaucoup enrichi. Je suis allé partout dans le monde, et j’ai finalement constaté que nos préoccupations tournent autour de deux questions essentielles : comment rendre la vie vivable, et comment accepter la mort.

Lilian Thuram était l’invité de Sauramps, à Montpellier, le jeudi 18 février

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"L’homme, petit ou grand, a besoin d'étoiles pour se repérer. Il a besoin de modèles pour se construire, bâtir son estime de soi, changer son imaginaire, casser les préjugés qu’il projette sur lui-même et sur les autres… Il n’y a pas d’histoire noire ou d’histoire blanche. C’est tout le passé du monde que nous devons reprendre pour mieux nous comprendre et préparer l’avenir de nos enfants." Lilian Thuram présente ainsi son nouveau livre, Mes étoiles noires, paru en janvier aux éditions Philippe Rey. Le très grand footballeur français, qui a déjà publié son autobiographie, était l’invité de la librairie Sauramps le jeudi 18 février.