Actrice, chanteuse, réalisatrice… Jane Birkin interprète le rôle principal du nouveau film de Jacques Rivette, 36 vues du pic Saint-Loup, tourné dans l’Hérault et qui sort le 9 septembre. Rendez-vous avec une artiste toujours aussi simple, généreuse et touchante.
> Quel souvenir gardez-vous de ce tournage ?
Une paix extrême et de délicieux moments partagés avec l’équipe. Rivette m'ayant choisie pour la troisième fois, je n’étais pas angoissée à l’idée de savoir comment « être » et travailler avec lui : sans scénario, avec un texte à apprendre chaque nuit.
> Avez-vous pris plaisir à tourner au pic Saint-Loup ?
Enormément ! J'avais en tête mes souvenirs de Michel Piccoli lors du tournage de la Belle noiseuse, déjà près du Pic-St-Loup : nous vivions dans une grande maison en famille… Dix-huit ans après, j’ai retrouvé Rivette, les mêmes odeurs, les mêmes paysages.
> Vous avez ensuite entamé la promotion d’Enfants d’hiver, album dont vous avez écrit les textes. Parolière mais aussi réalisatrice de film et auteur de livre… est-ce un tournant dans votre carrière ?
Un peu. Ces projets étaient si importants, si risqués. Je me suis jetée à l'eau en sachant que l'on me jugerait. A 60 ans, j'ai enfin eu l’infime courage de m'exposer pour ce que j'étais et plus seulement comme interprète des autres - et quels autres ! M’entendre dire qu’on apprécie une de mes chansons « d’Enfants d’hiver », voir mon livre « Oh pardon tu dormais » traduit en italien et en allemand… Vous ne pouvez pas imaginer combien ça me touche ! Comme à Beyrouth, quand une femme m’a confié avoir été émue par mon film « Boxes ». J'étais si heureuse, je l'ai embrassée.
> Ne plus être un jour désirée par le public, cela vous angoisse ?
Oui, car j'ai la chance d'avoir fait un chemin de quarante ans avec ce public. Je me suis beaucoup exposée, j’ai peur de lasser les gens. Je devrais me faire plus rare. Mais je ne pourrais pas arrêter d'écrire. Ce travail incessant est une fuite en avant, une façon de ne pas rester seule avec moi-même : rencontrer des gens, c’est ce que j’aime par-dessus tout.
> Vous trouvez encore le temps de vous investir pour des causes humanitaires : considérez vous qu’un artiste se doit d’être engagé ?
Non, on ne peut pas tout faire et il faut aussi garder du temps pour ses proches. Mais je suis fière du peu que j’accomplis. A 14 ans, j’ai connu Amnesty International grâce à mon père et nous avons marché ensemble contre la peine de mort. En France, j’ai remis ça avec Médecins du monde et Médecins sans frontières. Plus tard, à Sarajevo, j’ai pris conscience qu’il ne fallait pas croire tout ce que la télé ou nos leaders nous disent. Je trouve normal d’être présente pour les hôpitaux publics français ou pour la prisonnière birmane Aung San Suu Kyi. Appartenir à une ONG permet de savoir ce qui se passe dans le monde, signer une pétition peut empêcher qu’un homme soit exécuté ou meure dans l'indifférence... Tout le monde peut agir, sans être connu ou artiste.
> Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez ?
Les concerts jusqu’en janvier, une comédie que je finis de jouer avec Caroline Cellier et Catherine Jacob… Ensuite, je ne sais pas.
> Et ceux que vous souhaiteriez réaliser ?
Je voudrais intégrer une troupe. Etre une partie d'un ensemble : le mot résume ce que j'aime.
ACTUALITE
Le réalisateur Jacques Rivette était tombé amoureux du pic Saint-Loup, "cette montagne singulière qui change radicalement d’aspect selon l’endroit d’où on la voit", lorsqu’il avait tourné la Belle noiseuse dans le château d’Assas, avec Emmanuelle Béart, Jane Birkin et Michel Piccoli.
Dix-huit ans plus tard, le cinéaste de la Nouvelle vague revient dans la région filmer son 21e long métrage, dont le titre est inspiré de l’œuvre du peintre japonais Hiroshige : 36 vues du mont Fuji. En compétition à la Mostra de Venise, 36 vues du pic Saint-Loup raconte l’histoire d’un cirque itinérant dont le fondateur décède à la veille d’une tournée. Appelée à la rescousse, sa fille - Jane Birkin - accepte de rallier ce cirque qu’elle avait quitté des années auparavant…
Sortie en salle le 9 septembre















